‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 468 sur 479 · SCÈNE XII. — MONSIEUR et MADAME DE SOTENVILLE · texte numérisé non relu

SCÈNE XII. — MONSIEUR et MADAME DE SOTENVILLE

en déshabillé de duU; COLIN, ponant une lanterne; ANGÉLIQUE ET CLAUDINE, à la fenêtre; GEORGE DANDIN.

ANGÉLIQUE, A monsieur et à madame de Sotenville.

Approchez , de grâce , et venez me faire raison de Tinsolence la plus grande du monde, d'un mari à qui le vin et la jalousie ont troublé de telle sorte la cervelle, qu'il ne sait plus ni ce qu'il dit, ni ce qu'il fait, et vous a lui-même envoyé quérir pour vous faire témoins de l'extravagance la plus étrange dont on ait jamais oui parler. Le voilà qui revient, comme vous voyez, après s'être fait attendre toute la nuit; et, si vous voulez l écouter, il vous dira qu'il a les plus grandes plaintes du monde à vous faire de moi; que, durant qu'il dormoit, je me suis dérobée d'auprès de lui pour m'en aller courir, et cent autres contes de même nature qu'il est allé rêver*.

GEORGE DANDIN, à part.

Voilà une méchante carogne!

CUCDINE.

Oui, il nous a voulu faire accroire qu'il éloit dans la mai-

* Cette scène est encore empruntée à Boccace : < La femme, qui s'était cach(5e près de la porte, entre aussitôt qu'il est sorti, terme bien la porte sur elle, et se met à la fenèlre. Tofan, entendant sa femme qui lui parlait, vit bien qu'il était pris pour dupe, et, trouvant la porte fermée, commença à prier à son tour ; mais la belle ne parlait plus en suppliante : < Ivrogne, fâcheux que tu es, lui dit-elle,

> tu n'entreras point; je suis lasse de les débauches. Je ve>ix que tout le monde » sache ta belle vie, et à quelle heure tu reviens au logis. > Tofan, au désespoir de se voir la dupe de sa femme, commence à crier et à lui dire des Injures. Les voisins, entendant ce tintamarre, se mettent aux fenêtres, et demandent la raison d'un si grand hruit. < C'est ce malheureux, répondit la belle en pleurant, oui re-

> vient ivre tontes les nuits, rtc > Le bruit fut si grand qu'il parvint jusqu'aux parents de la belle ; ils accoururent, se saisirent de Tofan, et le rossèrent si bien qu'ils pinsèrent l'assommer. > (Ciilhava.)

5SS GEORGE DANDIN

80D, et que nous en étions dehors; et c'est une folie qu*il n'y a pas moyen de lui ôter de la tète.

Comment? Qu'est-ce à dire cela?

MADAME DE SOTENYILLE.

Voilà une furieuse impudence, que de nous envoyer quérir !

GEORGE DANDIN

Jamais...

ANGÉLIQUE

Non , mon père , je ne puis plus souffrir un mari de la sorte : ma patience est poussée à bout; et il vient de me dire cent paroles injurieuses.

MONSIEUR DE SOTENVILLE, à George Daiidin.

Gorbleu ! vous êtes un malhonnête homme.

CLAUDINE

G^est une conscience de voir une pauvre jeune femme traitée de la façon ; et cela crie vengeance au ciel.

GEORGE DANDIN

Peut-on...?

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Allez, VOUS devriez mourir de honte.

GEORGE DANDIN

Laissez-moi vous dire deux mots.

ANGÉLIQUE

Vous n'avez qu'à Técouter : il va vous en conter de belles!

GEORGE DANDIN, & part.

Je désespère.

CLAUDINE

Il a tant bu, que je ne pense pas qu'on puisse durer contre lui; et Todeur du vin qu'il souffle est montée jusqu'à nous.

GEORGE DANDIN

Monsieur mon beau-père, je vous conjure...

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Retirez-vous : vous puez le vin à pleine bouche.

GEORGE DANDIN

Madame, je vous prie...

MADAME DE SOTENVILLE.

Fi I ne m'approchez pas : votre haleine est empestée.

GEORGE DANDIN, à mousieur de SoteDvilI«.

Souffrez que je vous. . .

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