‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 64 sur 479 · ACTE 11, SCÈNE IL T · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE IL T

DON JUAN, ap«reevaDl Charlotte.

Ah! ah! d'où sort cette autre paysanne, Sganarelle? Astu rien vu de plus joli ? et ne iroavecktu pas, dis-moi, que celle-ci vaut bien Tautre?

86ANABELLE.

Assurément, [k pan.) Autre pièce nouvelle.

DON JUAN, à GharloUe.

Doù me vient, la belle, une rencontre si agréable? Quoi! daos ces lieux champêtres, parmi ces arbres et ces rochers, OQ trouve des personnes faites comme vous êtes?

CHARLOTTE

Vous voyez, monsieu.

DON JUAN

Ëtes-vous de ce village ?

CHARLOTTE

Oui, monsieur

DON JUAN

Et vous y demeurez ?

CHARLOTTE

Oui, monsieu.

Vous vous appelez....

CHARLOTTE

Charlotte, pour vous servir.

DON JUAN

Ah! la belle personne, et que ses yeux sont pénétrants !

CHARLOTTE

Monsieu, vous me rendez (ouïe honteuse.

DON JUAN

Ah ! n'ayez point de honte d'entendre dire vos vérités. Sganarelle, qu'en dis-tu ? Peut-on rien voir de plus agréable? Tournez-vous un peu, s'il vous platt. Ah ! que celte taille est jolie I Haussez un peu la tête, de grâce. Ah! que ce visage est mignon! Ouvrez vos yeux entièrement. Ah ! qu'ils sont beaux! Que je voie un peu vos dents, je vous prie. Ah! qu'elles sont amoureuses, et ces lèvres appétissantes I Pour moi, je suis ravi, et je n'ai jamais vu une si charmante personne.

CHARLOTTE

Monsieu, cela vous plait à dire, et je ne sais pas si c'est pour vous railler de moi.

DON JUAN

DON JUAN

Moi, me railler de vous? Dieu m'en garde! Je vous aime trop pour cela, et c'est du fond du cœur que je vous parle.

CHARLOTTE

Je vous suis bien obligée, si ça est.

DON JDAN.

Point du tout, vous ne m'êtes point obligée de tout ce que je dis; et ce n'est qu'à votre beauté que vous en êtes redevable.

GDARLOTTE.

Honsieu, tout ça est trop bien dit pour moi, et je n'ai pas d'esprit pour vous répondre.

Sganarelle, regarde un peu ses mains.

CHARLOTTE

Fi ! monsieu ! elles sont noires comme je ne sais quoi.

DON JUAN

Ab ! que dites-vous là? Elles sont les plus belles du monde : souffrez que je les baise, je vous prie.

CHARLOTTE

Moiisieu, c^est trop d'honneur que vous me faites; et si j'avois su ça tantôt, je n^aurois pas manqué de les laver a\ec du son.

DON JUAN

Hé I dites-moi un peu, belle Charlolte, vous n'êtes pas mariée, sans doute?

CHARLOTTE

Non, monsieu ; mais je dois bientôt Tétre avec Piarrot, le fils de la voisine Simone tte.

DON JUAN

Quoi ! une personne comme vous scroit la femme d'un simple paysan I Non, non, c'est profaner tant de beautés, et vous n'êtes pas née pour demeurer dans un village. Vous méritez, sans doute, une meilleure fortune; et le ciel, qui le connoit bien, m'a conduit ici tout exprès pour empêcher ce mariage, et rendre justice à vos charmes; car enfln, belle Charlotte, je vous aime de tout mon cœur, et il ne tiendra qu'à vous que je vous arrache de ce misérable lieu, et ne vous mette dans Tétat où vous méritez d'êlre. Cet amour est bien prompt, sans doute; mais quoi ! c'est un eflct,

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