SCÈNE 1. - EURYALE, ARBATE
iRBATE.
Ce silence rêveur, dont la sombre habitude Vous fbit à tous moments chercher la solitude ; Ces longs soupirs que laisse échapper votre cœur, Et ces fixes regards si chargés de langueur, Disent beaucoup, sans doute, à des gens de mon âge ; Et je pense, seigneur, entendre ce langage; Mais, sans votre congé, de peur de trop risquer Je n*ose m enhardir jusques à Teipliquer.
EUBTALE.
Explique, explique, Arbatc, avec toute licence
Ces soupirs, ces regards, et ce morne silence.
Je te permets ici de dire que T Amour
M'a rangé sous ses lois, et me brave à son tour;
Et je consens encor que tu me fasses honte
Des foiblesses d'un cœur qui souffre qu on le dompte.
ARBATE.
Moi, vous blâmer, seigneur, des tendres mouvements Où je vois qu'aujourd'hui penchent vos sentiments! Le chagrin des vieux jours ne peut aigrir mon ame Contre les doux transports de Tamoureuse flamme; Et bien que mon sort touche à ses derniers soleils, Je dirai que Tamour sied bien à vos pareils; Que ce tribut qu'on rend aux traits d'^n beau visage De la beauté d'une ame est un clair témoignage, Et qu'il est malaisé que, sans être amoureux,