ACTE I, SCENE F
Uo jeune prince soit et grand et généreux.
C'est une qUftlité que j'aime en un monarque;
La tendresse du cœur est une grande marque
Que d'un prince à votre âge on peut tout présumer,
Dés qu'on voit que son ame est capable d'aimer.
Oui, cette passion, de toutes la plus belle,
Traîne dans un esprit cent vertus après elle ;
Aux nobles actions elle pousse les cœurs,
Et tous les grands héros ont senti ses ardeur^.
Devant mes yeux, seigneur, a passé votre enfance, .
Et j'ai de vos verlus vu fleurir Tespéraneo;
Mes regards obser voient eu vous des qualités
Où je reconnoissois le sang dont vous sortes ;
J'y déconvrois un fond d'esprit et de lumièi*e;
Je vous trouvois bien fait, l'air grand, et Tame fière ;
Votre cœur, votre adresse, éclati>ient chaque jour;
Mais je m'inquiétois de ne voir point d'amour ;
Et, puisque les langueurs d'une plaie invincible
Noos montrent que votre ame à ses traits est sensible,
Je triomphe, et mon cœur, d'allégresse rempli,
Vous regarde à présent comme un prince accompli >.
Si de TAmour un temps j'ai bravé la puissance,
Hélas ! mon cher Arbate, il en prend bien vengeance !
Et, sachant dans quels maux mon cœur s'est abimé,
Toi-même tu voudrois qu'il n'eût jamais aimé.
Car enfin, vois le sort où mou astre me guide :
J'aime, j'aime ardemment la princesse d'Élide ;
Et tu sais que lorgueil, sous des traits si charmants.
Arme contre l'amour ses jeunes sentiments,
Et comment elle fuit en cette illustre fête
Cette foule d'amants qui briguent sa conquête.
Ah ! qu'il est bien peu vrai que ce qu'on doit aimer,
Aussitôt qu'on le voit, prend droit de nous charmer,
Et qu'un premier coup d œil allume en nous les flammes
Où le ciel, en naissant, a destiné nos âmes!
A mon retour d'Argos, je passai dans ces lieux,
'Ces -vers, répélés dans une fèie duonée par Louis IIV à mademoiselle de T.a Vallière, dont il élail si vivemeol épris, sont nue allusion trr>s (ranspareoie « la passion du monarque. Quoi qu'on ait dit pour juslificr Volière, et tout en Taisant nue large part à l'espril du dix-septième siècle, on ne peut s'cmpèclier, eo admirant le pocie, de blâmer le courlisau.
El ce passage offrit la princesse à mes yenx ;
Je vis tous les appas dont elle est revêtue,
Mais de Tœil dont on voit une belle statae.
Leur brillante jeunesse observée à loisir
Ne poi'ln dans mon ame aucun secret désir,
Et d'Ithaque en repos je revis le rivage,
Sans m'en être en deux ans rappelé nulle image.
Un bruit vient cependant à répandre à ma cour
Le célèbre mépris qu'elle fait de Tamour;
On publie en tous lieux que son ame hautaine
Garde pour l'hyménée une invincible haine,
Et qu'un arc à la main, sur Tépaule un carquois,
Comme une autre Diane elle hante les bois,
N'aime rien que la chasse, et de toute la Grèce
Fait soupirer en vain Théroique jeunesse.
Admire nos esprits, et la fatalité!
Ce que n'avoient point fait sa vue et sa beauté,
fie bruit de ses fiertés en mon ame fit n ai Ire
Un transport inconnu dont je ne fus point maître :
Ce dédain si fameux eut des charmes secrets
A me faire avec soin rappeler tous ses traits;
Et mon esprit, jetant de nouveaux yeux sur elle,
M'en refit une image et si noble et si belle.
Me peignit tant de gloire et de telles douceurs
A pouvoir triompher de toutes ses froideurs,
Que mon cœur, aux brillants d'une telle victoire,
Vit de sa liberté s'évanouir la gloire :
Contre une telle amorce il eut beau s'indigner.
Sa douceur sur mes sens prit tel droit de régner.
Qu'entraîné par l'effort d'une occulte puissance,
J'ai d'Ilhaque en ces lieux fait voile en diligence
Et je couvre en effet de mes vœux enflammés*
Du désir de paraître à ces jeux renommés,
Où l'illustre Iphilas, père de la princesse,
Assemble la plupart des princes de la Grèce ^.
* Ces vers n'onl aucan sens. Il y a sans doute ici une faute d'impression. On pourroît corriger ainsi ;
El je couvre en effet tous mes vœux enflunimës, etc.
(Aimé Martin.)
* Iphitas pour Iphitus. roi u'Élide, contemporain de Lycurgue, et fameux diuis la Grèce pour avoir rétabli l«s jeux ol}mpiqucs.