SCÈNE I. -- BON JUAN, en habit de campaguc; SGANARELLE
en médecin.
SGANARELLE
Ma foi, monsieur, avouez que j'ai eu raison, et que nous voilà l'un et l'autre déguisés à merveille. Voire premier dessein n'étoit point du tout à propos, et ceci nous cache bien mieux que tout ce que vous vouliez faire.
DON JUAN
Il est vrai que te voilà bien ; et je ne sais où tu as été déterrer cet attirail ridicule.
SGANARELLE
Oui? c'est l'habit d'un vieux médecin , qui a été laissé en gage au lieu où je l'ai pris, et il m'en a coûté de l'argent pour ravoir. Mais savez-vous, monsieur, que cet habit me met déjà en considération, que je suis salué des gens que je rencontre, et que Ton me vient consulter ainsi qu'un habile homme ?
'Ce troc d'li:iliils «e trouve dans le« deux imilalîous fi-ançnises du Festin de Pierre, qui uni précédé celle d<? Molière ; inuis il n'y esl pas soulenicnl en projet comme ici, il s*exécule sur le thr^'àlru môme : don Juan s'dvade, et son valet ,. tombe entre tes maint des archei-s, leur ccliappe pur un mensonge. (Auger.)
9â LE FESTIN DE PIERRE.
DON JUAN
Comment donc?
SGANARELLE
Cinq ou six paysans et paysannes, en me voyant passer, me sont venus demander mon avis sur différentes maladies.
DON lUAN.
Tu leur as répondu que tu n'y entendois rien?
SGANARELLE
Moi? Point dn tout. J'ai voulu soutenir l'honneur de mon habit; j^ai raisonné sur le mal , et leur ai fait des ordonnances à chacun.
DON JUAN
Et quels remèdes encore leur as-tu ordonnés?
SGANARELLE
Ma foi, monsieur, j^n ai pris par où j'en ai pu attraper; j'ai fait mes ordonnances à l'aventure; et ce seroit une chose plaisante si les malades guérissoient, et qu'on m'en vint remercier.
DON JUAN
Et pourquoi non? Par quelle raison n'aurois-tu pas les mêmes privilèges qu'ont tous les autres médecins? Ils n'ont pas plus de part que toi aux guérîsons des malades , et tout leur art est pure grimace. Ils ne font rien que recevoir la gloire des heureux succès; et tu peux proGler, comme eux, du bonheur du malade, et voir attribuer à tes remèdes tout ce qui peut venir des faveurs du hasard et des forces de la uature.
SGANARELLE
Comment, monsieur, vous êtes aussi impie en médecine?
DON JUAN
C'est une des grandes erreurs qui soient parmi les hommes.
SGANARELLE
Quoi! vous ne croyez pas au séné, ni à la casse, ni au vin émétique?
DON JUAN
£t pourquoi veux-tu que j'y croie?
SGANARELLE
Vous avez l'ame bien mécréante. Cependant vous voyez, depuis un temps, que le vin émétique fait bruire ses fuseaux ^ Ses miracles ont converti les plus incrédules esprits;
' Mélapkoriqucment, fuit grand tapage, occupe le public. — Le vin émclique