‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 75 sur 479 · ACTE III, SCËNË I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCËNË I

et il n'y a pas trois semaÎDes que j>D ai va , moi qui vous l>arle, un effet merveilleux.

DON JUAN

Et quel?

86ANARELLE.

Il y avoit un homme qui, depuis six jours, étoit à Tagonie, on ne savoit plus que lui ordonner , et tous les remèdes ne faisoient rien ; on s'avisa à la fin de lui donner de Témétique.

DON nTAN.

Il réchappa, n'est-ce pas?

SGANARELLE

Non, il mourut.

DON lUAN.

L'effet est admirable.

SGANAREIXE.

Comment 1 il y avoit six jours entiers qu'il ne pouvoit mourir, et cela le fit mourir tout d'un coup. Voulez- vous rien de plus efficace?

DON JUAN

Tu as raison.

SGANARELLE

Mais laissons là la médecine, où vous ne croyez point, et parlons des autres choses ; car cet habit me donne de l'esprit, et je me sens en humeur de disputer contre vous. Vous savez bien que vous me permettez les disputes, et que vous ne inc défendez que les remontrances.

DON JDAN.

Hé bien?

SGANARELLE

Je veux savoir un peu vos pensées à fond. Est-il possible que vous ne croyiez point du tout au ciel?

DON JUAN

Laissons cela.

C'est-à-dire que non. Et à l'enfer?

DON JUAN

Ehl

était peu connu, lonqu'un médecin d'Abbeville l'administra h Louis XIV, pendant une maladÎA grave que ce prince fit à Calais. Le médecin picard, nommé Dumilrhny. sûr de IVITel de son spcciGque, s'asseyait sur le lit du roi, pu disant: « Voilà un garçon bien maladi*, mais il n'en mourra pa«. » Le roi ne mourut pas, el le vin émctique fil bruire ses fuseaux.

SGANARELLB.

Tout de même. Et au diable, slt vous plaît?

DON JUAN

Oui, oui.

SGANARCLLE.

Aussi peu. Ne croyez- vous point k l'autre vie?

DON JUAN

Âht ahl ah'f

SGANARELLE

Voilà un homme que j'aurai bien de la peine à convertir. Et dites-moi un peu, « le moine bourru^, qu'en croyez- vous?

•• eh !

DON JUAN

» La peste soit du fati

SGANABELLG.

» Et voilà ce que je ne puis souffrir; car il n*y a rieo do » plus vrai que le moine bourru, et je me ferois pendre pour i> celui-là. Mais encore faut-il croire quelque chose dans le w inonde. Qu'est-ce donc que vous croyez? »

DON JUAN

Ce que je crois?

SGANARELLE

Oui.

DON JUAN

Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.

SGANARELLE

La belle croyance et les beaux articles de foi que voilà ! Votre religion, à ce que je vois, est donc l'arithmétique? Il faut avouer qu'il se met d'étranges folies dans la léte des hommes, et que, pour avoir bien étudié, on est bien moins sage le plus souvent. Pour moi, monsieur, je n'ai point étudié comme vous, Dieu merci, et personne ne sauroit se vanter de m'avoir jamais rien appris; mais avec mon petit sens, mon petit jugement, je vois les choses mieux que tous les livres , et je comprends fort bien que ce monde que nous

' Cette icène et la suivante firent accuser Molière d'irréligion. Toni ce qui est place entre les guillenaeta Tut supprimé par la ceusure sous lo lègne même do Louis XIV.

*Le moine bourru était un faulômp qui courait pendant la nuit dans le-> ru«s des villes, ei battait les passants attardés.

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