SCÈNE IV. - DON JUAN, DON CARLOS; SGANARELLE
au fond du ihéâtre.
DON CARLOS, remettant son ëpée.
On voit, par la fuite de ces voleurs, de quel secours est votre bras. Souffrez, monsieur, que je vous rende grâces d'une action si généreuse, et que...
DON JUAN
Je n'ai rien fait, monsieur, que vous n'eussiez fait en ma place. Notre propre honneur est intéressé dans de pareilles aventures; et l'action de ces eoquins étoit si lâche, que c'eût été y prendre part que de ne s'y pas opposer. Mais par quelle rencontre vous êtes-vous trouvé entre leurs mains?
DON CARLOS
Je m'étois , par hasard , égaré d'un frère et de tous ceux de notre suite; et comme je cherchois à les rejoindre, j'ai fait rencontre de ces voleurs, qui d'abord ont tué mon cheval, et qui, sans votre valeur, en auroient fait autant de moi.
DON JUAN
Votre dessein est-il d'aller du côté de la ville?
'A propos de ce mot humanitéy qui n'était point d'nn usag^ populaire du temps où fut jouée celle pièce, M. Aimé Martin remarque justement que Molière en remployant, semble pressentir et critiquer à l'avance l'abus qu'en feront an commencement du siècle suivant les esprits forts, et à la fin de ce même siècle, les scélérats qui ont fait de la guillotine l'instrument de leur poliiiquo.
' Don Juan expose sa vie pour sauver celle d'im étranger, tandis qu'il est assez lâche pour immoler à ses caprices les plus foibles créatures : c'est ainsi que Lovelace, dont le caractère est évidemment tracé sur celui de don Juan, est fidèle à ses amis, généreux euvers ses ennemis, plein de francliisc et de valeuret cependant sa couduile envers une jeune personne sans déreiise, et qu'il relicii\ prisounière, est celle du plus vil des scélérats. (Geoffroy.)