ACTE III,^GëNE IV
DON CABLOS.
Oui, mais sans y vouloir «ntrer; et nous nous voyous obligés, mon frère et moi, à tenir la campagne pour une de ces fâcheuses affaires qui réduisent les gentilshommes à se sacrifier eux et leur famille à la sévérité de leur honneur , puisque enfin le plus doux succès en est toujours funeste, et que, si l'on oe quitte pas la vie, on est contraint de quitter le royaume; et c'est en quoi je trouve la condition d'un gentilhomme malheureuse , de ne pouvoir point s'assurer sur toute la prudence et toute Thonnéteté de sa conduite, d'être asservi par les lois de l'honneur au dérèglement de la conduite d'autrui, et de voir sa vie, son repos et ses biens dépendre de la fantaisie du premier téméraire qui s'avisera de lui faire une de ces injures pour qui un honnête homme doit périra
DON JUAN
On a cet avantage, qu'on fait courir le même risque et passer mal aussi le temps à ceux qui prennent fantaisie de nous venir faire une offense de gaieté de cœur. Mais oe seroit-ce point une indiscrétion que de vous demander quelle peut être votre affaire?
DON CARLOS
La chose en est aux termes de n'en plus faire de secret; et lorsque l'injure a une fois éclaté , noire honneur ne va point à vouloir cacher notre honte, mais à faire éclater notre vengeance, et à publier même le dessein que nous en avons. Ainsi, monsieur, je ne feindrai point de vous dire que l'offense que nous cherchons h venger est une sœur séduite et enlevée d'un couvent, et que Fauteur de cette offense est un don Juan Tenorio, fils de don Louis Tenorio. Nous le cherchons depuis quelques jours, et nous l'avons suivi ce matin sur le rapport d'un valet qui nous a dit qu'il sortoil à cheval, accompagné de quatre ou cinq, et qu'il avoit pris le long de cette côte; mais tous nos soins ont été inutiles, et nous n'avons pu découvrir ce qu'il est devenu^.
'Molière, on l'a vu, a déjà attaqué le dnel daos les FdcheuXi mais ici l'attaqoc est plus vive, et par la situation mènie, plus sérieuse.
' L'aventure de don Juan, qui secourt le frère de celle qu'il a séduite, n'est pas dans la pièce originale, mais on la trouve dans presque tons les romans ospagnols. Elle avoit d'ailleurs été mise au théâtre en 1639, par le poète Bcys, dans sa comédie de l'Hôpital du Foui^ acte II, scène i". Muliere en a tiré uuo
400 LE FESTIN DÏ PlERttE.
DON JUAN
Le eonnoissez-vous, monsieur, ce don Juan dont vous parlez?
DON CARLOS
Non, quant à moi. Je ne Tai jamais vu, et je Tai seulement ouï dépeindre à mon frère; mais la renommée n'en dit pas force bien, et c'est un homme dont la vie...
DON JUAN
Arrêtez, monsieur, s^il vous plait. Il est un peu de mes amis, et ce seroit à moi une espèce de lâcheté que d'en ouir dire du mal.
DON CARLOS
Pour Tamour de vous , monsieur , je n'en dirai rien du tout, et c'est bien la moindre chose que je vous doive, après m'avoir sauvé ta vie, que de me taire devant vous d'une personne que vous connoissez, lorsque je ne puis en parler sans en dire du mal ; mais, quelque ami que vous lui soyez, j'ose espérer que vous n'approuverez pas son action , et ne trouverez pas étrange que nous cherchions d'en prendre la vengeance.
DON JUAN
Au contraire, je vous y veux servir, et vous épargner des soins inutiles. Je suis ami de don Juan, je ne puis pas m'en empêcher ; mais il n'est pas raisonnable qu'il oflense impunément des gentilshommes, et je m'engage à vous faire faire raison par lui.
DON CARLOS
Et quelle raison peut-on faire à ces sortes d'injures?
DON JUAN
Toute celle que votre honneur peut souhaiter; et, sans vous donner la peine de chercher don Juan davantage, je m'oblige de le faire trouver au lieu que vous voudrez, et quand il vous plaira.
DON CARLOS
Cet espoir est bien doux, monsieur, à des cœurs offensés; mais, après ce que je vous dois, ce me seroit une trop sensible douleur que vous fussiez de la partie.
DON JUAN
Je suis si attaché à don Juan, qu'il ne sauroit se battre
silualion fort inicressaDto iiii'il développe dans la sccoe siiivnnto, el dont l'idée e^i encore empruntée aux K^paL'nols. (Aimé Martin.]