SCÈNE VI. - DON JUAN, SGANAUELLE
DON JUAN
Holà! hé! Sganarelle!
SGANARELLE, sortant de l'endroit où il étoit cache.
Plaît-il?
DON JUAN
Comment ! cor|uin, lu fuis quand on m'attaque !
404 LE FESTIN DE PlËiUŒ.
SGANARELLE
Pardonnez-moi, monsiear, je viens seulomeiit d'ici près. Je crois que cet habit est purgatif, et que c'est preudre médecine que de le porter.
DON JUAN
Peste soit de Tinsolent ! Couvre au moins ta poltronnerie d'un voile plus honnête. Sais-tu bien qui est celui à qui j'ai sauvé la vie ?
8«ANARELLE.
Moi ? non
DON JUAN
C'est un frère d'Etvire.
S6ANARELLE.
Un...
DON JUAN
Il est assez honnête homme, il en a bien usé; cl j'ai regret-d'avoir démêlé avec lui.
SGANABELLE.
Il vous seroit aisé de pacifier toutes choses.
DON JUAN
Oui ; mais ma passion est usée pour done Elvire, et lenf;agement ne compatit point avec mon humeur. J'aime la liberté en amour, tu le sais, et je ne saurois me résoudre à renfermer mon cœur entre quatre murailles. Je te Tai dit vingt fois, j'ai une pente naturelle à me laisser aller à tout ce qui m'attire. Mon cœur est à toutes les belles, et c'est à elles à le prendre tour à tour, et à le garder tant qu'elles le pourront. Mais quel est le superbe édifice que je vois entre ces arbres?
SGANARELLE
Vous ne le savez pas ?
DON JUAN
Non, vraiment.
SGANARELLE
Bon ; c'est le tombeau que le commandeur faisoit faire lorsque vous le tuâtes.
DON JUAN
Âh! tu as raison. Je ne savois pas que c'étoilde ce côté-ci qu'il étoit. Tout le monde m'a dit des merveilles de cet ouvrage, aussi bien que do la statue du commandeur; et j'ai onvie de l'aller voir.