UlHque-Éléonore , sœur de Charles XIl
LETTRES PEUSÀNES.» 289
On menace d'un pareil traitement quelques parlemensdu royaume.
Ces compagnies sont toujours odieuses; elles n'approchent des rois que pour leur dire de tristes vérités; et pendant quWe foule de courtisans leur représentent sans cesse un peuple heureux sous leur gouvernement , elles viennent démentir la flatterie et apporter aux pieds du trône les gémissemens et les larmes dont elles sont dépositaires.
C'est un pesant fardeau , mon cher Usbek , que celui de la vérité, lorsqu'il faut la porter jusqu'aux princes f Ils doivent bien penser que ceux qui le font y sont contraints, et qu'ils ne se résoudroient jamais à faire des démarches si tristes et si affligeantes pour ceux qui les font, s'ils n'y étoient forcés par leur devoir, leur respect , et même leur amour.
De Paris, le 2\ de la lune de gemmadi I, 1720.
Lettre CXLI. — Rica au même.
J'irai te voir sur la fin de la semaine. Que les jours couleront agréablement avec toi I
Je fus présenté, il y a quelques jours, à une dame de la cour, qui avoit quelque envie de voir ma figure étrangère. Je la trouvai belle, digne des regards de notre monarque, et d'un rang auguste dans le lieu sacré où son cœur repose.
Elle me fit mille questions sur les mœurs des Persans , et sur la manière de vivre des Persanes. Il me parut que la vie du sérail n'étoit pas de son goût, et qu'elle trouvoit de la répugnance à voir un homme partagé entre dix ou douze femmes. Elle ne put voir sans envie le bonheur de l'un, et sans pitié la condition des autres. Gomme elle aime la lecture , surtout celle des poëtes et des romans, elle souhaita que je lui parlasse des nôtres. Ce que je lui en dis redoubla sa curiosité : elle me pria de lui faire traduire un fragment de quelques-uns de ceux que j'ai apportés. Je le fis : et je lui envoyai, quelques jours après, un conte persan. Peut-être seras-tu bien aise de le voir travesti.
« Du temps de Cheik-Ali-Kan , il y avoit en Perse une femme nommée Zuléma : elle savoit par cœur tout le saint Alcoran ; il n'y avoit point de dervis qui entendît mieux qu'elle les traditions des saints prophètes ; les docteurs arabes n'avoient rien dit de si mystérieux qu'elle n'en comprît tous les sens ; et elle joignoit à tant de connoissances un certain caractère d'esprit enjoué , qui laissoit à peine deviner si elle vouloit amuser ceux à qui elle parloit, ou les instruire.
c Un jour qu'elle étoit avec ses compagnes dans une des salles du sérail, une d'elles lui demanda ce qu'elle pensoit de l'autre vie,
MOXTF^QUIRV II 13
et si elle ajoutoit foi à eette ancienne tradition de nos docteurs, que le paradis n*6$t fait que pour les hommes.
« C'est le sentiment commun , leur dit- elle : il n'y a rien que Ton n'ait fait pour dégrader notre sexe. 11 y a même une nation répandue par toute la Perse, qu'on appelle la nation jui?e, qui soutient, par l'autorité de ses livres sacrés, que nous n'avons point d'âme.
« Ces opinions injurieuses n*ont d'autre origine que l'orgueil des hommes, qui veulent porter leur supériorité au delà même de leur vie; et ne pensent pas que, dans le grand jour, toutes les créatures paroîtront devant Dieu comme le néant , sans qu*il y ait entre elles de prérogatives que celles que la vertu y aura mises.
« Dieu ne se bornera point dans ses récompenses ; et comme les hommes, qui auront bien vécu et bien usé de l'empire qu'ls ont ici-bas sur nous , seront dans un paradis plein de beautés ce estes ravis antes, et telles que, si un mortel les avoit vues, il se donneroit aussitôt la mort, dans l'impatience d'en jouir, aussi les femmes vertueuses iront dans un lieu de délices , où elles seront enivrées d'un torrent de voluptés , avec des hommes divins qui leur seront soumis : chacune d'elles aura un sérail dans lequel ils seront enfermés, et des eunuques, encore plus fidèles que les nôtres, pour les garder.
«J'ai lu, ajouta-t-elie, dans un livre arabe, qu'un homme, nommé Ibrahim , étoit d'une jalousie insupportable. Il avoit douze femmes extrêmement belles, qu'il traitoit d'une manière très-dure; il ne se fioit plus à ses eunuques ni aux murs de son sérail ; les teuoit presque toujours sous la clef, enfermées dans leur chambre, sans qu'elles pussent se voir ni se parler ; car il étoit mênie jaloux d'une amitié innocente : toutes ses actions prenoient la teinture de sa brutalité naturelle; jamais une douce parole ne sortît de sa bouche, et jamais il ne fit un moindre signe qui n'ajoutât quelque chose à la rigueur de leur esclavage.
« Un jour qu'il les avoit toutes assemblées dans une salle de son sérail, une d'entre elles, plus hardie que les autres, lui reprocha son mauvais naturel, ce Quand on cherche si fort les moyens de se « faire craindre, lui dit-elle, on trouve toujours auparavant ceui « de se faùre haïr. Noua sommes si malheureuses , que nous ae pou- • vous nous empêcher de déûrer un changement : d'autres, à ma « place, souhaiteroieat votre mort; je ne souhaite que la mieane; a et ne pouvant espérer d'être séparée de vous que par là, il me « sera encore bien doux d'en être séparée. » Ce discours, qui auroit dû le toucher, le fit entrer dans une furieuse colère; il tira son poignard, et le lui plongea dans le sein, a Mes choics oompangnes, dit-elle d*une voix mourante, si le ciel a pitié de ma « vertu, vous serez vengées. » A ces mots, elle quitUi cette vie
infortunée pour aller dans le séjour des délices, où les femmes qui ont bien vécu jouissent d'un bonheur qui se renouvelle toujours.
« D'abord elle vit une prairie riante dont la verdure étoit relevée par les peintures des fleurs les plus vives : un ruisseau dont les eaux étoient plus pures que le cristal, y faisoit un nombre infini de détours. Klle entra ensuite dans des bocages chamians, dont le silence n' étoit interrompu que par le doux chant des oiseaux. De magnifiques jardins se présentèrent ensuite ; la nature les avoit ornés avec sa simplicité et toute sa magnificence. Elle trouva enfin un palais superbe préparé pour elle , et rempli d*hommes célestes destinés à ses plaisirs.
« Deux d'entre eux se présentèrent aussitôt pour la déshabiller; d'autres la mirent dans le bain, et la parfumèrent des plus délicieuses essences \ on lui donna ensuite des habits infiniment plus riches que les siens; après quoi on la mena dans une grande salle, où elle trouva un feu fait avec des bois odoriférans , et une table couverte des mets les plus exquis. Tout sembloit concourir au ravissement de ses sens : elle entendoit d'un côté une musique d'autant plus divine qu'elle étoit plus tendre ; de l'autre , elle ne voyoit que des danses de ces hommes divins, uniquement occupés à lui plaire. Cependant tant de plaisirs ne dévoient servir qu'à la conduire insensiblement à des plaisirs plus grands. On la mena dans sa chambre; et, après l'avoir encore une fois déshabillée, en la porta dans un lit superbe, où deux hommes d'une beauté charmante la reçurent dans leurs bras. C'est pour lors qu'elle fut enivrée , et que ses ravissemens passèrent même ses désirs. <c Je a suis toute hors de moi, leur disoit-elle : je croirois mourir si je « n'étois sûre de mon immortalité. C'en est trop, laissez-moi ; je a. succombe sous la violence des plaisirs. Oui, vous rendez un peu « le calme à mes sens; je commence à respirer, et à revenir à «moi-même. D'où vient que l'on a ôlé les flambeaux? Que ne « puis-je à présent considérer votre beauté divine? Que ne puis-je • voir.... Mais pourquoi voir? Vous me faites rentrer dans mes a premiers transports. 0 dieux! que ces ténèbres sont aimables! « Quoi! je serai immortelle, et immortelle avec vous! je serai.... « Non, je vous demande grâce, car je vois bien que vous êtes » gens à n'en demander jamais. >
« Après plusieurs commandemens réitérés, elle fut obéie : mais elle ne le fut que lorsqu'elle voulut l'être bien sérieusement. Elle se reposa languissamment, et s'endormit dans leurs bras. Deux momens de sommeil réparèrent sa lassitude : elle reçut deux baisers qui l'enflammèrent soudain , et lui firent ouvrir les yeux. « Je « suis inquiète, dit-elle; je crains que vous ne m'aimiez plus.» C'étoit un doute dans lequel elle ne vouloit pas rester longtemps : aussi eut-elle avec eux tous les éclaircissemens qu'elle pouvoit dé-
sirer. « Je suis désabusée , s'écria-t-elle ; pardon I pardon ! je suis « sûre de vous. Vous ne me dites rien; mais vous prouvez mieux a que tout ce que^ vous me pourriez dire : oui , oui , je vous le ■ confesse , on n'a jamais tant aimé. Mais quoi ! vous vous dispu- « tez tous deux Thonneur de me persuader! Ah ! si vous vous dis- <i putez , si vous joignez l'ambition au plaisir de ma défaite , je suis « perdue ; vous serez tous deux vainqueurs , il n'y aura que moi de « vaincue, mais je vous vendrai bien cher la victoire. »
« Tout ceci ne fut interrompu que par le jour. Ses fidèles et aimables domestiques entrèrent dans sa chambre, et firent lever ces deux jeunes hommes, que deux vieillards ramenèrent dans les lieux où ils étoient gardés pour ses plaisirs. Elle se leva ensuite, et parut d'abord à cette cour idolâtre dans les charmes d*un déshabillé simple , et ensuite couverte des plus somptueux ornemens. Cette nuit Tavoit embellie ; elle avoit donné de la vie à son teint , et de l'expression à ses grâces. Ce ne fut pendant tout le jour que danses, que concerts, que festins, que jeux, que promenades; et l'on remarquoit qu'Anaïs se déroboit de temps en temps, et voloit vers ses deux jeunes héros. Après quelques précieux instans d'entrevue , elle revenoit vers la troupe qu'elle avoit quittée , toujours avec un visage plus serein. Enfin, sur le soir, on la perdit tout à fait: elle alhi s'enfermer dans le sérail, où ellevouloit, disoit-elle, faire connoissance avec ces captifs immortels qui dévoient à jamais vivre avec elle. Elle visita donc les appartemens de ces lieux les plus reculés et les plus charmans, où elle compta cinquante esclaves d'une beauté miraculeuse ; elle erra toute la nuit de chambre en chambre , recevant partout des hommages toujours différens et toujours les mêmes.
« Voilà comment l'immortelle Anaîs passoit sa vie , tantôt dans des plaisirs éclatans, tantôt dans des plaisirs solitaires; admirée d'une troupe brillante , ou bien aimée d'un amant éperdu : souvent elle quittoit un palais enchanté pour aller dans une grotte champêtre ; les fleurs sembloient naître sous ses pas , et les jeux se présentoient en foule au-devant d'elle.
« Il y avoit plus de huit jours qu'elle étoit dans cette demeure heureuse, que, toujours hors d'elle-même, elle n'avoit pas fait une seule réflexion; elle avoit joui de son bonheur sans le connoître , et sans avoir eu un de ces momens tranquilles où l'âme se rend, pour ainsi dire, compte à elle-même, et s'écoute dans le silence des passions.
c Les bienheureux ont des plaisirs si vifs, qu'ils peuvent rarement jouir de cette liberté d'esprit : c'est pour cela qu'attachés invinciblement aux objets présens, ils perdent entièrement la mémoire des choses passées , et n'ont plus aucun souci de ce qu'ils ont connu ou aimé dans l'autre vie.
« Mais Ana!s , dont Tesprit étoit vraiment philosophe , avoit passé presque toute sa vie à méditer; elle avoit poussé ses réflexions beaucoup plus loin qu'on n'auroit dû l'attendre d'une femme laissée à elle-même. La retraite austère que son mari lui avoit fait garder ne lui avoit laissé que cet avantage. C'est cette Sbrce d'esprit qui lui avoit fait mépriser la crainte dont ses compagnes étoient frappées, et la mort, qui devoit être la fin de ses peines et le commencement de sa félicité.
«Ainsi elle sortit peu à peu de Tivresse des plaisirs, et s'enferma seule dans un appartement de son palais. Elle se laissa aller à des réflexions bien douces sur sa condition passée et sur sa félicité présente; elle ne put s'empêcher de s'attendrir sur le malheur de ses compagnes : on est sensible à des tourmens que l'on a partagés. Anaïs ne se tint pas dans les simples bornes de la compassion : plus tendre envers ces infortunées, elle se sentit portée à les secourir.
« Elle donna ordre à un de ces jeunes hommes qui étoient auprès d'elle de prendre la figure de son mari , d'aller dans son sérail, de s'en rendre maître, de l'en chasser et d'y rester à sa place jusqu'à ce qu'elle le rappelât.
a L'exécution fut prompte : il fendit les airs, arriva à la porte du sérail d'Ibrahim, qui n'y étoit pas. Il frappe, tout lui est ouvert; les eunuques tombent à ses pieds, il vole vers les appartemens où les femmes d'Ibrahim étoient enfermées. Il avoit , en passant , pris les clefs dans la poche de ce jaloux, à qui il s'étoit rendu invisible. Il entre , et les surprend d'abord avec son air doux et afi'able ; et , bientôt après , il les surprend davantage par ses empressemens et par la rapidité de ses entreprises. Toutes eurent leur part de l'étonnement ; et elles l'auroient pris pour un songe , s'il y eût eu moins de réalité.
« Pendant que ces nouvelles scènes se jouent dans le sérail, Ibrahim heurte, se nomme, tempête et crie. Après avoir essuyé bien des difficultés, il entre, et jette les eunuques dans un*désordre extrême. Il marche à grands pas; mais il recule en arrière, et tombe comme des nues quand il voit le faux Ibrahim , sa véritable image, dans toutes les libertés d'un maître. Il crie au secours : il veut que les eunuques lui aident à tuer cet imposteur; mais il n'est pas obéi. Il n'a plus qu'une foible ressource, c'est de s'en rapporter au jugement de ses femmes. Dans une heure le faux Ibrahim avoit séduit tous ses juges. L'autre est chassé et traîné indignement hors du sérail; et il auroit reçu la mort mille fois, si son rival n'avoit ordonné qu'on lui sauvât la vie. Enfin le nouvel Ibrahim, resté maître du champ de bataille, se montra de plus en plus digne d'un tel choix, et se signala par des miracles jusqu'alors inconnus. • Vous ne ressemblez pas à Ibrahim , disoient ces femmes. — Dites ,
« dites plutôt que cet imposteur ne me ressemble pas, disoit le «< triomphant Ibrahim : comment faut-il faire pour être votre « époux, SI ce que je fais ne suffît pas?
« •— Ahl nous n'avons garde de douter, fiireii* les femmes. Si « vous n'êtes pas Ibrahim, il nous suffit que vous ayez si bien mé- « rite de l'être : vous êtes plus Ibrahim en un jour qu'il ne l'a été « dans le cours de dix années. — Vous me promettez donc, re- « prit-il, que vous vous déclarerez en ma faveur, contre cet im- « posteur? — N'en doutez pas, dirent-elles d'une commune voix; « nous vous jurons une fidélité éternelle ; nous n'avons été que trop « longtemps abusées : le traître ne soupçonnoit point notre vertu , « il ne soupçonnoit que sa foihlesse ; nous voyons bien que les « hommes ne sont point faits comme lui ; c'est à vous sans doute « qu'ils ressemblent. Si vous saviez combien vous nous le faites
• haïr 1 — Ah I je vous donnerai souvent de nouveaux sujets de « haine, reprit le faux Ibrahim : vous ne connoissez point enç core tout le tort qu'il vous a fait. — Nous jugeons de son injus- « tice par la grandeur de votre vengeance, reprirent-elles. — Oui, « vous avez raison, dit l'homme divin; j'ai mesuré Texpiation au « crime : je suis bien aise que vous soyez contentes de ma manière « de punir. — Mais, dirent ces femmes, si* cet imposteur revient, «que ferons-nous? — Il lui seroit , je crois, difficile de vous « tromper, répondit-il : dans la place que j'occUpe auprès de vous,
• on ne se soutient guère par la ruse ; et^ d'ailleurs je l'enverrai u si loin, que vous n'entendrez plus parler de lui. Pour lors je
• prendrai sur mof le soin de votre bonheur. Je ne serai point ja- K îoux ; je saurai m'assurer de vous sans vous gôner ; j'ai assez « bonne opinion de mon mérite pour croire que vous me serez fidè- « les : si vous n'étiez pas vertueuses avec moi , avec qui le serieza vous? » Cette conversation dura longtemps entre lui et ces femmes, qui, plus frappées de la différence des deux Ibrahim que de leur ressemblance, ne songeoieùt pas même à se faire éclaircir de tant de" merveilles. Enfin le mari désespéré revint encore les trouver : il trouva toute sa maison dans la joie ; et les femmes plus incrédules que jamais. La place n'étoit pas tenable pour un jaloux : il sortit furieux; et un instant après le faux Ibrahim le suivit, le prit, le transporta dans les airs, et le laissa à quatre cents lieues delà.
« 0 dieux t dans quelle désolation se trouvèrent ces femmes dans l'absence de leur cher Ibrahim ! Déjà leurs eunuques avoient repris leur sévérité naturelle; toute la maison étoit en larmes; elles s'imaginoient quelquefois que tout ce qui leur étoit arrivé n'étoit qu'un songe ; elles se regardoient toutes les unes les autres , et se rappeloient les moindres circonstances de ces étranges aventure». Enfin Ibrahim revint, toujours plus aimable: il leur parut que son
voyage D'ayoit pas été pénible. Le nouveau maître prit une ctn-
?1 Pnnll.^?Pf ^"^ t """" ^' ^'^"^'^' ^"*«^^« »»*^P"t *o«s les VOiB'ps.
Il congédia tous les eunuques, rendit sa maison accessible à ,3ut
e monde ; Il ne voulut pas même souffrir que ses femmes se voi-
lo™° '^ u^'* """^ ^^""^^ singulière de les voir dans les festins , parmi des hommes, aussi libres qu'eux. Ibrahim crut avec raison
?nmifo ^''y^^'^''' ^"^ ^T '^'^^^^"^^ ^' ^^'^'^ P^«f des citoyens comme lui. Cependant il ne se refusoit aucune dépense; il dissipa avec une immense profusion les biens du jaloux, qui de retour trois ans après des pays lointains où il avoit été traniporté, ne trouva plus que ses femmes et trente-six enfans. »
De Paris, le sa de la lune de gemmadi I, 4720.
Lbttrh CXLII. — Rica a Usbek.
g J*^^^|, "'^f lettre que je reçus hier d'un savant; elle te paroîtra
« Monsieur,
« Il y a six mois que j'ai recueilli la succession d'un oncle trèsnche, qui m'a laissé cinq ou six cent mille livres, et une maison superbement meublée. Il y a plaisir d'avoir du bien lorsqu'on en sait faire un bon usage. Je n'ai point d'ambition ni de goût pour les plaisirs; je suis presque; toujours enfermé dans un cabinet, où je mène la vie d'un savant. C'est dans ce lieu que l'on trouve un curieux amateur de la vénérable antiquité.
« Lorsque mon oncle eut fermé les yeux, j'aurois fort souhaité de le faire enterrer avec les cérémonies observées par les anciens Grecs et Romains; mais je n'avois pour lors ni iacrymatoires , ni urnes, ni lampes antiques.
« Mais depuis je me suis bien pourvu de ces précieuses raretés. Il y a quelques jours que je vendis ma vaisselle d'argent pour acheter une lampe de terre qui avoit servi à un philosophe stoïcien. Je me suis défait de toutes les glaces dont mon oriclë avoit couvert presque tous lés murs de ses appartemens, pouF avoir un petit miroir un peu fêlé, qui fut autrefois à l'usage de Virgile r je suis charmé d'y voir ma figure représentée, au lieu de celle du cygne de Mantoue. Ce n'est pas tout : }'ai acheté cent louis d'or cin^ou six pièces d'une monnoie de cuivre qui avoit cours il y a deux mille ans. Je ne sache pas avoir à présent dans ma maison un seul meuble qui n'ait été fait avant la décadence de l'empire. J'ai un petit cabinet de manuscrits fort précieux et fort chers : quoique je me tue la vue à les lire , j'aime beaucoup mieux m'en servir que des exemplaires imprimée , qui ne sont pas si corrects , et que tout le
monde a entre les mains. Quoique je ne sorte presque Jamais, je ne laisse pas d'avoir une passion démesurée de connoître tous les anciens chemins qui étoient du temps des Romains. Il y en a un qui est près de chez moi , qu'un proconsul des Gaules fit faire il y a environ douze cents ans : lorsque je vais à ma maison de campagne , je ne manque jamais d'y passer , quoiqu'il soit très-incommode , et qu'il m'allonge de plus d'une li^ue ; mais ce qui me fait enrager , c'est qu'on y a mis des poteaux de bois de distance en distance pour marquer Téloignement des villes voisines. Je suis désespéré de voir ces misérables indices, au lieu des colonnes milliaires qui y étoient autrefois : je ne doute pas que je ne les fasse rétablir par mes héritiers, et que je ne les engage à cette dépense par mon testament. Si vous avez, monsieur, quelque manuscrit persan, tous me ferez plaisir de m'en accommoder; je vous le payerai tout ce que vous voudrez, et je vous donnerai , par-dessus le marché, quelques ouvrages de ma façon, par lesquels vous verrez que je ne suis point un membre inutile de la république des lettres. Vous y remarquerez , entre autres , une dissertation où je prouve que la couronne dont on se servoit autrefois dans les triomphes étoit de chêne , et non pas de laurier; vous en admirerez une autre où je prouve, par de doctes conjectures tirées des plus graves auteurs grecs, que Cambyse fut blessé à la jambe gauche , et non pas à la droite ; une autre , où je prouve qu'un petit front étoit une beauté très- recherchée par les Romains. Je vous enverrai encore un volume in-quarto , en forme d'explication d'un vers du VI* livre de YÉnéide de Virgile. Vous ne recevrez tout ceci que dans quelques jours; et, quant à présent , je me contente de vous envoyer ce fragment d'un ancien mythologiste grec , qui n'avoit point paru jusques ici , et que j'ai découvert dans la poussière d'une bibliothèque. Je vous quitte pour une affaire importante que j'ai sur les bras : il s'agit de restituer un beau passage de Pline le Naturaliste, que les copistes du V* siècle ont étrangement défiguré. Je suis, etc. »
7RÀGMBNS d'un ANCIEN MYTHOLOGISTE.
« Dans une lie près des Orcades, il naquit un enfant qui avoit pour père Sole, dieu des vents, et pour mère une nymphe de Calédonie. On dit de lui qu'il apprit tout seul à compter avec ses doigts, et que, dès l'âge de quatre ans, il distinguoit si parfaitement les métaux , que sa mère ayant voulu lui donner une bague de laiton au lieu d'une d'or , il reconnut la tromperie , et la jeta par terre.
« Dès qu'il fut grand, son père lui apprit le secret d'enfermer les vents dans une outre , qu'il vendoit ensuite à tous les voya • geurs ; mais , comme la marchandise n'étoit pas fort prisée dans
son pays, il le quitta, et se mit à courir le monde en compagnie de l'aveugle dieu du hasard.
« Il apprit dans ses voyages que, dans la Bétique, Tor reluisoit de toutes parts : cela fit qu'il y précipita ses pas. Il y fut fort mal reçu de Saturne , qui régnoit pour lors ; mais ce dieu ayant quitté la terre, il s'arisa d'aller dans tous les carrefours, où il crioit sans cesse d'une voix rauque : a Peuples de Bétique , vous croyez « être riches parce que vous avez de l'or et de l'argent : votre er- « reur me fait pitié. Croyez-moi, quittez le pays des vils métaux; « venez dans l'empire de l'imagination, et je vous p)romets des ri- « chesses qui vous étonneront vous-mêmes. » Aussitôt il ouvrit une grande partie des outres qu'il avoit apportées, et il distribua de sa marchandise à qui en voulut.
« Le lendemain il revint dans les mêmes carrefours , et il s'écria : « Peuples de Bétique , voulez-vous être riches? Imaginez- « vous que je le suis beaucoup, et que vous l'êtes beaucoup aussi; a mettez-vous tous les matins dans l'esprit que votre fortune a « doublé pendant la nuit; levez-vous ensuite; et, si vous avez des « créanciers, allez les payer de ce que vous aurez imaginé, et dia tes-leur d'imaginer à leur tour. » •
c II reparut quelques jours après, et il parla ainsi : « Peuples de n Bétique, je vois bien que votre imagination n'est pas si vive que a les premiers jours; laissez-vous conduire à la mienne; je met- « trai tous les matins devant vos yeux un écriteau qui sera pour a vous la source des richesses : vous n'y verrez que quatre parois les; mais elles seront bien significatives, car elles régleront la a dot de vos femmes, la légitime de vos enfans, le nombre de vos « domestiques. Et quant à vous, dit-il à ceux de la troupe qui a étoient le plus près de lui; quant à vous, mes chers enfans (je A puis vous appeler de ce nom , car vous avez reçu de moi une se- « conde naissance) , mon écriteau décidera de la magnificence de « vos équipages, de la somptuosité de vos festins, du nombre et « de la pension de vos maîtresses. »
« A quelques jours de là il arriva dans le carrefour, tout essoufflé; et, transporté de colère, il s'écria : a Peuples de Bétique, je «c vous avois conseillé d'imaginer , et je vois que vous ne le faites a pas : eh bien! à présent je vous l'ordonne. » Là-dessus, il les quitta brusquement ; mais la réflexion le rappela sur ses pas. « J'apprends que quelques-uns de vous sont assez détestables pour « conserver leur or et leur argent. Encore passe pour l'argent ; « mais pour de l'or.... pour de l'or.... Ahl cela me met dans une c indignation !... Je jure par mes outres sacrées que, s'ils ne vien- « nent me l'apporter, je les punirai sévèrement. » Puis il ajouta d'un air tout à fait persuasif : « Croyez-vous que ce soit pour a garder ces misérables métaux que je vous les demande ? Une
« marque de ma candeur, c'est que, lorsque vous me les apportaa tes il y a quelques jours, je vous en rendis sur-le«champ la A moitié. »
» Le lendemain , on Taperçut de loin , et on le vit s'insinuer avec une voix douce et flatteuse : « Peuples de Bétique, j'apprends « que TOUS avez une partie de vos trésors dans les pays étran- « gers; je vous prie, faites-les-moi venir; vous me ferez plaisir, «et je vous en aurai une reconnoissance éternelle. »
ft Le fils d'Ëole parioit à des gens qui n'avoient pas grande envie de rire; ils ne purent pourtant s'en empêcher: ce qui fit qu'il s'en retourna bien confus. Mais, reprenant courage, il hasarda encore une petite prière. « Je sais que vous avez des pierres précieuses ; « au nom de Jupiter, défaites-vous-en : rien ne vous appauvrit « comme ces sortes de choses; défaites-vous-en, vous dis-je. Si « vous ne le pouvez pas par vous-mêmes, je vous donnerai des « hommes d'affaires excellens. Que de richesses vont couler chez « vous, si vous faites ce que je vous conseille! Oui,, je vous pro- « mets tout ce qu'il y a de plus pur dans mes outras. »
n Enfin il monta sur un tréteau, et, prenant une voix plus assurée^ ildit : « Peuples de Bétique, j'ai comparé l'heureux état dans a lequel vous êtes avec celui où je vous trouvai lorsque, j'arrivai ici : a je vous vois le plus riche peuple de la terre; mais, pour achever <c votre fortune, souffrez que je vous ôte la moitié de vos biens, d 4 ces mots, d'une aile légère, le fils d'Êole disparut, et laissa ses auditeurs dans une consternation inexprimable ; ce qui fit qu'il revint le lendemain, et parla ainsi : u Je m'aperçus hier que mon < discours vous déplut extrêmement; eh bien 1 prenez que je ne « vous aie rien dit. Il est vrai, la moitié, c'est trop. Il n'y a qu'à T prendre d'antres expédiens pour arriver au but que je me suis ^( proposé. Assemblons nos richesses dans un même endroit; nous a le pouvons facilement , car elles ne tiennent pas un gros volume. » Aussitôt il eu disparut les trois quarts. »
De Paris, le 9 de la laae de ohahbaa, 4 720.
Lettbb CXUU. — Rica a Nathanael Lévi, MÉoEcaN juif.
À Livourne,
Tu me demandes ce que je pense de la vertu des amulettes et de la puissance des talismans. Pourquoi t'adresses-tu à moi? Tu es juif, et je suis mahométan : c'est-à-dire que no^Tsommes tous deux bien crédules.
Je porte toujours sur moi plus de deux milU passages du saint Alcoran; j'attache à mes bras un petit paquet où sont éûrits les noms de plus de deux cents dervis : ceux d'Hali, de Fatmé, et de tous les purs, sont cachés en plus de vingt endroits de mes habits.
Cependant je ne désapprouve point ceux qui rejettent cette tertVL que ron attribue à de certaines paroles. 11 nous est bien plus difïicile de répondre à leurs raisonnemens qu'à eux de répondre à nos expériences.
Je porte tous ces chiffons sacrés par une longue habitude, pour me conformer à une pratique universelle; je crois que, s'ils n'ont pas plus de vertu que les bagues et les autres oraemens dont on se pare , ils n'en ont pas moins. Mais toi , tu mets toute ta confiance sur quelques lettres mystérieuses; et sans cette sauvegarde, tu serois dans un effroi continuel.
Les hommes sont bien malheureux l ils flottent sans cesse entre de fausses espérances et des craintes ridicules; et< au lieu de s'appuyer sur la raison, ils se font des monstres qui les intimi* dent, ou des fantômes qui les séduisent.
Quel effet veux4i\ que produise l'arrangement de certaines lettres? quel effet veux-tu que leur dérangement puisse troubler? quelle relation ont-elles avec les vents pour apaiser les tempêtes, avec la poudre à canon pour en vaincre FefTort , avec ce que les médecins appellent l'humeur peccantô et la cause morKîf\que des maladies pour les guérir?
Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que ce«x qui fatiguent leur raison peur lui faire rapporter de certains événemens à des vertus occultes n'ont pas un moindre effort à faire pour s'empêcher d'en voir la véritable cause.
Tu me diras que de certains prestiges ont fait gagner une bataille ; et moi je te dirai qu'il faut que tu t'aveugles, pour ne pas trouver dans la situation du terrain , dans le nombre ou dans le courage des soldats, dans l'expérience des capitaines, des causes suffisantes pour produire cet effet dont tu veux ignorer la cause.
Je te passe pour un moment qu'il y ait des prestiges : pa'ssemoi à mon tour, peur un moment, qu'il n'y en ait point; car cela n'est pas impossible. Cette concession que tu me fais n'empêche pas que deux armées ne puissent se battre : veux- tu que, dans ce cas- là, aucune des deux ne puisse remporter la victoire?
Crois- tu que leur sort restera incertain jusqu'à ce qu'une puissance invisible vienne le déterminer? que tous les coups seront perdus, toute la prudence vaine, et tout le courage inutrle?
Penses-tu que la mort, dans ces occasions rendue présente de raille manières, ne puisse pas produire dans les esprits ces terreurs paniques que tu as tant de peine à expliquer? Veux-tu que, dui8 une armée de cent mille hommes, il ne puisse pas y avoir un seul homme timide? Crois -tu que le découragement de celuici ne puisse pas produire le découragement d'un autre? que le second, qui quitte un troisième, ne lui fasse pas bientôt abandonner un quatrième? Il n'en faut pas davantage pour qx^fi le désespoir
aOÛ LETTRES PERSANES.
de vaincre saisisse soudain toute une armée, et la saisisse d*^autant plus facilement qu'elle se trouve plus nombreuse. ' Tout le monde sait et tout le monde sent que les hommes, comme toutes les créatures qui tendent à conserver leur être, aiment passionnément la vie : on sait cela en général, et on cherche pourquoi, dans une certaine occasion particulière, ils ont craint de la perdre.
Quoique les livres sacrés de toutes les nations soient remplis de ces terreurs paniques ou surnaturelles, je n'imagine rien de si frivole, parce que, pour s'assurer qu'un effet qui peut être produit par cent mille causes naturelles est surnaturel , il faut avoir auparavant examiné si aucune de ces causes n'a agi ; ce qui est impossible.
Je ne t'en dirai pas davantage, Nathanaêl; il me semble que la matière ne mérite pas d'être si sérieusement traitée.
De Paris, le 20 de la lune de chahban, 1720.
P. S. Comme je finissois, j'ai entendu crier dans la rue une lettre d'un médecin de province à un médecin de Paris (car ici toutes les bagatelles s'impriment, se publient, et s'achètent). J'ai cru que je ferois bien de te l'envoyer, parce qu'elle a du rapport à notre sujet. Il y a bien des choses que je n'entends pas^ mais toi, qui es médecin, tu dois entendre le langage de tes confrères.
LETTRE d'un MÉDECIN DE PROVINCE À UN MÉDECIN DE PARIS.
« Il y avoit dans notre ville un malade qui ne dormoit point depuis trente-cinq jours. Son médecin lui ordonna l'opium : mais il ne pouvoit se résoudre aie prendre; et il avoit la coupe à la main , qu'il étoit plus indéterminé que jamais. Enfin il dit à son médecin : « Monsieur , je vous demande quartier seulement jusqu'à demain ; « je connois un homme qui n'exerce pas la médecine , mais qui a « chez lui un nombre innombrable de remèdes contre l'insomnie : « souffrez que je l'envoie quérir; et, si je ne dors pas cette nuit, « je vous promets que je reviendrai à vous. » Le médecin congédié, le malade fit fermer les rideaux, et dit à un petit laquais : a Tiens, va-t'en chez M. Anis, et dis-lui qu'il vienne me parler. » M. Anis arrive. « Mon cher monsieur Anis, je me meurs; je ne puis a dormir : n'auriez-vous point, dans votre boutique, la G. du G., « ou bien quelque livre de dévotion composé par un révérend père « jésuite , que vous n'ayez pas pu vendre , car souvent les remèdes « les plus gardés sont les meilleurs? — Monsieur, dit le libraire , « j'ai chez moi la Cour sainte du père Caussin, en six volumes, à « votre service; je vais vous l'envoyer : je souhaite que vous vous «K en trouviez bien. Si vous voulez les œuvres du révérend père u Eodriguès, jésuite espagnol, ne vous en faites point faute. Mais,
« croyez-moi, tenons-nous-en au père Gaussin : j'espère, avec <x Taide de Dieu , qu'une période du père Gaussin vous fera autant « d'effet qu'un feuillet tout entier de la G. du G. > Là-dessus M. Anis sortit, et courut chercher le remède à sa boutique. La Cour sainte arrive ; on en secoue la poudre ; le fils du malade , jeune écolier, commence à la lire. Il en sentit le premier l'effet; à la seconde page il ne prononçoit plus que d'une voix mal articulée , et déjà toute la compagnie se sentoit affoiblie : un instant après tout ronfla, excepté le malade, qui, après avoir été longtemps éprouvé, s'assoupit à la fin.
« Le médecin arrive de grand matin. «< Eh bien! a-t-on pris mon a opium? » On ne lui répond rien : la femme, la fille, le petit garçon, tous transportés de joie, lui montrent le père Gaussin. Il demande ce que c'est ; on lui dit : « Vive le père Gaussin ! il faut « l'envoyer relier. Qui l'eût dit? qui l'eût cru? c'est un miracle! « Tenez, monsieur, voyez donc le père Gaussin : c'est ce volumea là qui a fait dormir mon père. » Et là-dessus on lui expliqua la chose comme elle s'étoit passée. »
Le médecin étoit un homme subtil , rempli des mystères de la cabale, et de la puissance des paroles et des esprits : cela le frappa; et, après plusieurs réflexions, il résolut de changer absolument sa pratique. «Voilà un fait bien singulier, disoit-il. Je tiens une expérience ; il faut la pousser plus loin. Ehl pourquoi un esprit ne pourroit-il pas transmettre à son ouvrage les mêmes qualités qu'il a lui-même? ne le voyons-nous pas tous les jours? Au moins cela vaut-il bien la peine de l'essayer. Je suis las des apothicaires ; leurs sirops , leurs juleps , et toutes les drogues galéniques, ruinent les malades et leur santé. Ghangeons de méthode ; éprouvons la vertu des esprits. » Sur cette idée , il dressa une nouvelle pharmacie , comme vous allez voir par la descripiion que je vous vais faire des principaux remèdes t^u'il'mit en pratique.
Tisane purgative.
Prenez trois feuilles de la logique d'Aristote en grec; deux feuilles d'un traité de théologie scolastique le plue aigu , comme , par exemple, du subtil Scot; quatre de Paracelse: une d'Avicenne; six d'Averroès; trois de Porphyre; autant de Plotin; autant de Jamblique. Faites infuser le tout pendant vingt-quatre, et prenez-en quatre prises par jour.
Purgatif plus inolent.
Prenez dix A. du G. concernant la B. cK la G. des J. ' ; faites- les
4 . Dix Arrêts du Conseil concernant la Bulle et la Constitution des jésuites.
distiller a» bain-xnarîe : mortifiez uoe goutte de l'humeur acre et piquante qui en viendra, dans un verre d'eau commune : avalez le tout avec confiance.
prenez six harangues ; une douzaine d'oraisons funèbres indifféremment, prenant garde pourtant de ne point se servir de celles de M. de n!*; un recueil de nouveaux opéras; cinquante romans ; trente mémoires nouveaux. Mettez le tout dans un matras ; laissez-le en digestion pendant deux jours; puis faites-le .distiller au feu de sable. Et si tout cela ne suffit pas,
Autre plus puissant.
Prenez une feuille de papier marbré qui ait servi à couvrir un recueil des pièces des J. F.M faites-la infuser l'espace de trois minutes; faites chauffer une cuillerée de cette infusion, et avalez.
Remède très-simple pour guérir de i'ostfrme.
Lisez tous les ouvrages du révérend père Mairabourg, ci-éevant jésuite, prenant garde de ne vous arrêter qu'à la fin de chaque* période; et vous sentirez la faculté de respirer vous revenir peu à peu, sans qu'il soit besoin de réitérer le remède.
Pour préserver de la gale , grateUe , teigne , farein des thermaux.
Prenez trois catégories d'Aristote, deux degrés métaphysiques, une distinction, six vers de Chapelain, une phrase tirée des lettres de M. l'abbé de Saint-Cyran : écrivez le tout sur un morceau de papier que vous plierez , attacherez à un ruban , et porterez au cou.
MiraculuvPk cWmicuTri, de violenta fermentatione , cwn fumo^
tgne et fîamma.
€ Misce Quesnellianam infusionem, cum infusione Lallema- .« niana; fiât fermentatio cum magna vi, impetu et tonitru, aci- « dis pugnantibuS , et invicem penetrantibus alcalinos sales : fiet « evaporatio ardentium spirituum. Pone liquorem fermentatum in « alembico : nihil inde extrahes, et nihil invenies, nisi caput
« mortuum. »
Lenitivum.
« Hecipe Molinae anodini chartas duas; Bscobaris relaxativi paa ginas sex; Vasquii emoUientis folium unum : infunde in aqvae a communis libras iiij , ad consumptionem dimidiae partis colentur