Le duc de Noailles. — 2. Law
hommes du néant. Que de valets servis par leurs camarades, et peut-être demain par leurs maîtres !
Tout ceci produit souvent des choses bizarres. Les laquais qui avoient fait fortune sous le règne passé vantent aujourd'hui leur naissance : ils rendent à ceux qui viennent de quitter leur livrée dans une certaine rue, tout le mépris qu*on avoit pour eux il y a six mois; ils crient de toute leur force : « La noblesse est ruinée! Quel désordre dans l'État! quelle confusion dans les rangs! On ne voit que des inconnus faire fortune! » Je te promets que ceux-ci prendront bien leur revanche sur ceux qui viendront après eux , et que, dans trente ans , ces gens de qualité feront bien du bruit.
A Paris, le *" de la lune de zilcadé, 4720.
Letthe GXXXIX. — Rica au même.
Voici un grand exemple de la tendresse conjugale, non-seulement dans une femme, mais dans une reine. La reine de Suède' , voulant à toute force faire associer le prince son époux à la couronne, pour aplanir toutes les difficultés, a envoyé aux États une déclaration par laquelle elle se désiste de la régence , en cas qu'il soit élu.
Il y a soixante et quelques années qu'une autre reine , nommée Christine , abdiqua la couronne pour se donner toute entière à la philosophie. Je ne sais lequel de ces deux exemples nous devons admirer davantage.
Quoique j'approuve assez que chacun se tienne ferme dans le poste où la nature l'a mis , et que je ne puisse louer la foiblesse de ceux qui, se trouvant au-dessous de leur état, le quittent comme par une espèce de désertion, je suis cependant frappé de la grandeur d'âme de ces deux princesses, et^de voir l'esprit de . l'une et le cœur de l'autre supérieurs à leur fortune. Christine a songé à connoître dans le temps que les autres ne songent qu'à jouir; et l'autre ne veut jouir que pour mettre tout son bonheur entre les mains de son auguste époux.
De Paris, le 27 de la lune de raaharram, 4 720.
Lettre CXL. — Rica a Usbek.
Le parlement de Paris vient d'être relégué dans une petite ville qu'on appelle Pontoise. Le conseil lui a envoyé enregistrer ou approuver une déclaration qui le déshonore; et il l'a enregistrée d'une manière qui déshonore le conseil.