‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 107 sur 244 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR

Un ambassadeur de France à la Porte ottomane , connu par son goût pour les lettres, ayant acheté plusieurs manuscrits grecs, il les porta en France. Quelques-uns de ces manuscrits m'étant tombés entre les mains , j'y ai trouvé Touvrage dont je donne ici la traduction.

Peu d'auteurs grées sont venus jusqu'à nous, soit qu'ils aient péri dans la ruine des bibliothèques, ou par la négligence des familles qui les posséddient.

Nous recouvrons de temps en temps quelques pièces de ces trésors. On a trouvé des ouvrages jusque dans les tombeaux de leurs auteurs ; et , ce qui est à peu près la même chose , on a trouvé celui-ci parmi les livres d'un évêque grec.

On ne sait ni le nom de l'auteur, ni le temps auquel il a vécu. Tout ce qu'on en peut dire, c'est qu'il n'est pas antérieur à Sapho , puisqu'il en parle dans son ouvrage.

Quant à ma traduction , elle est fidèle. J'ai cru que les beautés qui n'ëtoient point dans mon auteur n'étoient point des beautés ; et j'ai souvent quitté l'expression la moins vive pour prendre celle qui rendoit mieux sa pensée.

J'ai été encouragé à cette traduction par le succès qu'a eu celle du Tasse. Celui qui l'a faite ne trouvera pas mauvais que je coure la même carrière que lui. Il s'y est distingué d'une manière à ne rien craindre de ceux mêmes à qui il a donné le plus d'émulation.

Ce petit roman est une espèce de tableau où l'on a peint avec choix les objets les plus agréables. Le public y a trouvé des idées riantes, une certaine magnificence dans les descriptions, et de la naïveté dans les sentimens.

Il y a trouvé un caractère original qui a fait demander aux critiques quel en étoit le modèle : ce qui devient un grand éloge, lorsque l'ouvrage n'est pas méprisable d'ailleurs.

Quelques savans n'y ont point reconnu ce qu'ils appellent l'art. « n n'est point , disent-ils , selon les règles. » Mais , si l'ouvrage a plu , vous verrez que le cœur ne leur a pas dit toutes les règles.

Un homme qui se mêle de traduire ne souffre point patiemment que Ton n'efttlme paf îson auteur aUtàhV qu'il le ùÀli et j'avoue que ces messieurs m'ont mis dans une furieuse colère : mais je les prie de laisser les jeunes gens juger d'un livre qui, en quelque langue qu'il ait été écrit, a certainement été fait pour eux. Je les prie de ne peint les troubler dans leurs décisions. Il n'y a que des tètes bien frisées et bien poudrées qui connoissent tout le mérite du Temple de €nide,

A l'égard du beau sexe , à qui je dois le peu de momens heureux que je puis compter dans ma vie, je souhaite de tout mon cœur que cet ouvrage puisse lui plaire. Je l'adore encore; et, s'il n'est plus l'objet de mes occupations, il Test de mes regrets.

Que si les gens graves désiroient de moi quelque ouvrage moins frivole, je suis en état de les satisfaire. Il y a trente ans que je travaille à un livre de douze pages, qui doit contenir tout ce que nous savons sur la métaphysique , la politique et la morale, et tout ce que de grands auteurs ont oublié dans les volumes qu'ils ont donnés sur ces sciences-là.

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