‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 11 sur 244 · CHAPITRE IV. iS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. iS

de Macédoine parce qa'il ne pouvoit entretenir huit mille hommes de pied et cinq cents chevaux qu'il ayoit *. Ce prince, maître d'un petit £tat dont on n'a plus entendu parler après lui , étoit un ayenturier qui faisoit des entreprises continuelles, parce qu'il ne pou- Yoit subsister qu'en entreprenant.

Tarente , son alliée , avoit bien dégénéré de l'institution des Lacédémoniens f ses ancêtres'. 11 auroit pu faire de grandes choses avec les Samnites ; mais les Romains les avoient presque détruits.

Cartbage , deyenue riche plus tôt que Rome , ayoit aussi été plus tôt corrompue : ainsi , pendant qu'à Rome les emplois publics ne s'obtenoient que par la vertu, et ne donnoient d'utilité que l'honneur et une préférence aux fatigues, tout ce que le public peut donner aux particuliers se vendoit à Carthage, et tout service rendu par les particuliers y étoit payé par le public.

La tyrannie d'un prince ne met pas un £tat plus près de sa ruine que l'indifférence pour le bien commun n'y met une république. L'avantage d'un État libre est que les revenus y sont mieux administrés; mais lorsqu'ils le sont plus mal, l'avantage d'un £tat libre est qu'il n'y a point de favoris ; mais quand cela n'est pas , et qu'au lieu des amis et des parens du prince il faut faire la fortune des amis et des parens de tous ceux qui ont part au gouvernement , tout est p^du ; les lois y sont éludées plus dangereusement qu'elles ne sont violées par un prince qui, étant toujours le plus grand citoyen de l'Ëtat, a le plus d'intérêt à sa conservation.

Des anciennes mœurs, un certain usage de la pauvreté, rendoient à Rome les fortunes à peu près égales *, mais à Carthage des particuliers avoient les richesses des rois.

De deux factions qui régnoient à Carthage , l'une vouloit toujours la paix, et l'autre toujours la guerre; de façon qu'il étoit impossible d'y jouir de l'ime ni d'y bien faire l'autre.

Pendant qu'à Rome la guerre réunissoit d'abord tous les intérêts, elle les séparoit encore plus à Carthage *.

Dans les Ëtats gouvernés par un prince les divisions s'apaisent aisément , parce qu'il a dans ses mains une puissance coercitive qui ramène les deux partis ; mais dans une république elles sont plus durables, parce que le mal attaque ordinairement la puissance même qui pourroit le guérir.

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