‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 12 sur 244 · I . Vie de Pyrrhus · texte numérisé non relu

I . Vie de Pyrrhus

S. Jastin, liy. XX, chap. i.

3. La présence d'Annibal fit cesser parmi les Romains toutes les divisions; mais la présence de Scipion aigrit celles qui étoient déjà parmi les Carthaginois : elle êta au gouyemement tout ce qui lui restoit de force; les généraux, le sénat, les grands, devinrent plus suspects au peuple, et le peuple devint plus ftirieux. Yoy.dans Applen toute cette guerre du premier scipion.

A Rome, gouvernée pat* ieë Idis, le peuple fidiiffroit que lé sénat eût la diirection deâ affaires; i Garthage, goutetliée par des abus, le peuple Vôuloit tout faire par lui-fflêffie.

Gartfaage , qui faisoit la guerre avec son opulence ôOûtre la pauvreté romaine , avoit , par cela même , du désavantage : l'or et l'argent s'épuisent; mais la vertu, la constance, la force et la pauvreté ne s'épuisent jamais.

Leë Romains étoient ambitieux par orgueil, et les Gai*tbagiiiois par avarice; les uns vouloietit commander, les autres vouloient acquérir; et ces derniers ^ calcuUtit tuiûs cesse la recette et la dépense , firent toujours la guerre satis l'aimer*

Des batailles perdues, la dimiûution du peuple, l'affoiblissement du commerce, l'épuisement du trésor public , le soulèvement des nations voisines , pouvoient faire accepter à Garthage les conditions de paix les plus dures ; mais Rome ne se conduisoit point par le sentiment des biens et des maux ; elle ne se déterminoit que par sa gloire; et comme elle nlmaginoit point qu'elle pût être si elle ne commandoit pas , il n'y avoit point d'espérance , ni de crainte , qui pût l'obliger à faire une paix qu'elle n'auroit point imposée.

Il n'y a rien de si puissant qu'une république où l'on observe les lois, non pas par crainte, non pas par raison, mais par passion , comme furent Rome et Lacédémone ; car pour lors il se joint à la sagesse d'un bon gouvernement toute la force que pourroit avoir une faction.

Les Carthaginois se servoient de troupes étrangères, et les Romains employ oient les leurs *. Comme ces derniers li'avoient jamais regardé les vaincus que comme des instrumens pour des triomphes futurs ) ils rendirent soldats tous les peuples qu'ils avoiânt soumis ; et plus ils eurent de peine à les vaincre, plus ils les jugèrent propres à être incorporés dans leur république. Ainsi nous voyons les Samnites, qui ne furent subjugués qu'après vingt-quatre triomphes' devenir les auxiliaires des Romains; et, quelque tefcnps avant la seconde guerre punique, ils tirèrent d'eux et de leurs alliés, c'est-à-dire d'un pays qui n'étoit guère plus grand que les États du pape et de Naples , sept cent mille hommes de pied , et soixante et dix mille de cheval, pour opposer aux Gaulois '.

Dans le fort de la seconde guerre punique, Rome eut toujours sur pied de vingt-deux à vingt-quatre légions ; cependant il paroit

4 . Garthage étant établie sur le commerce , et Rome Ibndée ftlir les ftrmeS) la première employoitdei étrangers pour ses guerres, et les citoyens pour son iraflc ; l'autre se faiioit des citoyens de tout le monde» et de les citoyens des soldats. (Baint-Évremond.)

a. Florus, liv. I, chap. xvi.

3. Yoy. Poiybe. Le Sommaire de Flotus dit ({U'ils levèrent trois cent mille hommes dans la ville et chez les Latins.

Page 1