I. Yirg., ^/wii/.. IV
DISCOURS ACADÉMIQUES. 40r)
subalterne; et, sans leur vouloir permettre aucun rôle dans l'écooomie animale, ils ont cru qu'elles ne servoient qu'à appuyer différentes parties circonvoisines : les uns ont pensé qu'elles avoient été mises là pour soutenir le ventricule, qui auroit trop porté sur les émulgentes ; d'autres , pour affermir le plexus nerveux qui les touche : préjugés échappés des anciens, qui ignoroient l'usage des glandes.
Car, si elles ne servoient qu'à cet usage, à quoi bon cette structure admirable dont elles sont formées? ne suffiroit-il pas qu'elles fussent comme une espèce de masse informe , rudis indigestaque moles^^ Seroit-ce comme dans l'architecture, où l'art enrichit les pilastres mêmes et les colonnes?
Gaspard Bartholin est le premier qui , leur ôtant une fonction si basse , les a rendues plus dignes de l'attention des savans. Il croit • qu une humeur, qu'il appelle atràbile, est conservée dans leurs cavités : pensée affligeante , qui met dans nous-même un principe de mélancolie , et semble faire des chagrins et de la tristesse une maladie habituelle de l'homme. Il croit qu'il y a une communication de ces capsules aux reins , auxquels cette humeur atrabilaire sert pour le délayement des urines. Mais , comme il ne montra pas cette communication , on ne l'en crut point sur sa parole : on jugea qu'il ne sufâsoit pas d'en démontrer l'utilité, il falloit en prouver l'existence ; et que ce n*étoit pas assez de l'annoncer , il falloit encore la faire voir. Il eut un fils illustre qui, travaillant pour la gloire de sa famille , voulut soutenir un système que son père avoit plutôt jeté qu'établi; et, le regardant comme son héritage, il s'attacha à le réparer. Il crut que le sang sortant des capsules, étoit conduit par la veine émulgente dans les reins. Mais comme il sort des reins par la même veine , il y a là deux mouvemens contraires qui s'entreempêchent. Bartholin, pressé par la difficulté, soutenoit que le mouvement du sang venant des reins , pouvoit être facilement surmonté par cette humeur noire et grossière qui coule des capsules. Ces hypothèses , et bien d'autres semblables , ne peuvent être tirées que des tristes débris de l'antiquité , et la saine physique ne les avoue plus.
Un certain Petruccio sembloit avoir aplani toute la difficulté : il dit avoir trouvé des valvules dans la veine des capsules , qui bouchent le passage de la glande dans la veine cave , et souvent du côté de la glande ; de manière que la veine doit faire la fonction de l'artère , et l'artère , faisant celle de la veine , porte le sang par l'artère émulgente dans les reins. Il ne manquoit à cette belle découverte qu'un peu de vérité : l'Italien vit tout seul ces valvules singulières ; mille corps aussitôt disséqués furent autant de témoins
«.Ovid., Méeam., I, 7.
da son isipotiuM : aussi ne jotiit^i pas longtemps dés applandisse- M^f, et il ne lui sesta pas une seule plume. Après eette ehute, h cause des Bartholin parut plus désespérée que jamais : ainsi, les laissant à Téeart, je vais chercher quelques autres hypotiièses.
Les uns > prétendirent que ces capsules ne pouvoient avoir d*autj« usage que de reeeveir les humidités qui suintent des grands vaisseaux qui sont autour d'elles; d'autres, que l'humeur qu'on y trouve étoit la même que le sue lacté qui se distribue par les glandes du mésentère ; d'autres , qu'il se fermoit dans ees capsules un sue bilieux, qui, étant porté dans le cœur, et se mêlant avec l'acide qui s'y trouve, excite la fermentation, principe du mouvement du cœur. *•
Toilà ce qu'on avoit pensé sur les glandes rénales , lorsque TAcadémie publia son programme : le mot fut donné partout , la curiosité Alt irritée. Les savans, sortis d'une espèce de léthargie,' voulurent tenter encore ; et, prenant tantôt des routes nouvelles, tantôt suivant les anciennes, ils cherchèrent la vérité peut-être avec plus d'ardeur que d'eçpérance. Plusieurs d'entre eux n'ont eu d'autre mérite que celui d'avoir senti une noble émulation ; d'autres, plus féconds, il'ont pas été plus heureux : mais ces efforts impuissans sont plutôt une preuve de l'obscurité de la matière ^ que de la stérilité de ceux qui l'ont traitée.
Je ne parlerai point de ceux dont les dissertations arrivées trop tard n'ont pu entrer en concours : l'Académie, qui leur avoit imposé des lois , qui se les étoit imposées à elle-même , n*a pas cru devoir les violer. Quand ces ouvrages seroient meilleurs, ce ne seroit pas la première fois que la forme, toujours in(lexible et sévère, auroit prévalu sur le mérite du fond.
Nous avons trouvé un auteur qui admet deux espèces de bile : l\ine, grossière, qui se sépare dans le foie; l'autre', plus subtile, qui se sépare dans les reins, avec l'aide du ferment oui coule des capsules par des conduits que nous ignorons, et que nous sommes même menacés d'ignorer toujours. Mais comme l'Académie veut être éclaircie et non pas découragée, elle ne s'arrête point à ce système.
Un autre a cru que ces glandes servoient à filtrer cette lymphe épaissie ou cette graisse qui est autour des r^ins, pour ê^rç ensuite versée dans le san^.
Un autre nous décrit deux petits canaux qui portent les ligueurs de la cavité de la capsule dans la veine qui lui est propre : cettç humeur, que l)ien des ei^périencesïont juger alkaliaè, sert, selon lui y à donner de la fluidité au sang qu; revient des rein§ , après s'être séparé de la sérosité qui compose l'urine. Cet auteur n'a que