‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 138 sur 244 · I. Le cardinal Fleury · texte numérisé non relu

I. Le cardinal Fleury

442 ÉLOGE DE BERWIGK.

Ainsi c*est sous le grand duc de Lorraine qae le duo de Berwick commença à se former; et, depuis, sa vie fut en quelque façon toute militaire.

Il revint en Angleterre , et le roi lui donna le gouvernement de Portsmouth et de la province de Southampton. Il avait déjà un régiment d*infanterie: on lui donna encore le régiment des gardes à cheval du comte d*Oxford. Ainsi , à l'âge de dix-sept ans , il se trouva dans cette situation si flatteuse pour un homme qui a Vftme élevée, de voirie chemin de la gloire tout ouvert, et la possibilité de faire de grandes choses.

En 1688, la révolution d'Angleterre arriva: et, dans ce cercle de malheurs qui environnèrent le roi tout à coup, le duc de Berwick fut chargé des affaires qui demandoient la plus grande confiance. Le roi ayant jeté les yeux sur lui pour rassembler Tannée , ce fut une des trahisons des ministres de lui en envoyer les ordres trop tard , afin qu'un autre pût emmener l'armée au prince d*Orange. Le hasard lui fit rencontrer quatre régimens qu^on avoit voulu mener au prince d*Orange , et qu'il ramena à son poste. Il n'y eut pas de mouvement qu'il ne se donnât pour sauver Portsmouth , bloqué par mer et par terre , sans autres provisions que ce que les ennemis lui fournissoient chaque jour, et que le roi lui ordonna de rendre. Le roi ayant pris le parti de se sauver en France , il fut du nombre des cioq personnes à qui il se confia et qui le suivirent; et dès que le roi fut débarqué, il l'envoya à Versailles pour demander un asile. Il avoit à peine dix-huit ans.

Presque toute l'Irlande ayant resté fidèle au roi Jacques, ce prince y passa au mois de mars 1689; et l'on vit une malheureuse guerre où la valeur ne manqua jamais, et la conduite toujours. Od peut dire de cette guerre d'Irlande qu'on la regarda à Londres comme l'œuvre du jour, et comme l'affidre capitale de l'Angleterre; et en France , comme une guerre d'affection particulière et de bienséance. Les Anglois, qui ne vouloient point avoir de guerre civile chez eux , assommèrent l'Irlande. Il paroU même que les officiers firançois qu'on y envoya pensèrent comme ceux qui les y envoyoient : ils n'eurent que trois choses dans la tête, d'arriver , de se battre , et de s'en retourner. Le temps a fait voir que les Anglois avoient mieux pensé que nous.

Le due de Berwick se distingua dans quelques occasions particulières, et fut fait lieutenant général.

Milord Tyrconel, ayant passé en France en 1790, laissa le commandement général du royaume au duc de Berwicic. Il n'avait que vingt ans , et sa conduite fit voir qu'il était l'homme de son siècle k qui le ciel avait accordé de meilleure heure la prudence. La perte de la bataille de la Boyne avoit abattu les forces irlandoises ;^le roi Guillaume avoit levé le siège de Limerick, et étoit rétourné en An-

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