Frère de l'abbé de Guasco
tune précaire et peut-être passagère. Par ce que j'ai l'honneur de TOUS dire , yous sentez que je ne puis qu'approuver la préférence que TOUS donneriez k des engagemens pour le senrice d'Autriche. Outre que c'est là votre première inclination , Tezemple de nombre de vos compatriotes vous prouve que c'est le service naturel de votre nation. Quels que soient les revers actuels de la cour de Vienne , je ne les regarde que comme des disgrâces passagères : car une grande et ancienne puissance qui a des forces naturelles et intrinsèques ne sauroit tomber tout à coup. En supposant même quelques échecs , le service y sera toujours plus solide que celui d'une puissance naissante. Il 7 a tout à parier que la cour de Turin, dans la guerre présente, fera cause commune avec celle de Vienne; par conséquent les raisons qukvous détournèrent , en quittant le Piémont , de passer au service autrichien, cessent dans les circonstances présentes. Je ne vois pas même de meilleur moyen de vous moquer de l'inimitié du marquis d'Orméa que de servir une cour alliée, dans laquelle, en considérant ce qui s'est passé autrefois, il ne doit pas avoir beaucoup de crédit. Vous êtes prudent et sage; ainsi je soumets k votre jugement des conjectures auxquelles le désir sincère de vos avantages a peut-être autant de part que la raison. J'apprendrai avec bien du plaisir le parti que vous aurez pris, et j*ai l'honneur de vous assurer de mon respect.
XL — A l'abbâ db Guasco.
Bordeaux, i** août 4744.
L'abbé Venuti m'a fait part, mon cher abbé, de l'affliction que vous a causée la mort de votre ami le prince Cantemir * , et du projet que vous avez formé de faire un voyage dans nos provinces méridionales pour rétablir votre santé. Vous trouverez partout des amis pour remplacer celui que vous avez perdu ; mais la Russie ne remplacera pas si aisément \m ambassadeur du mérite du prince Cantemir. Or je me joins à l'abbé Venuti pour vous presser d'exécuter votre projet : l'air, les raisins, le vin des bords de la Garonne, et l'humeur des Gascons, sont d'excellens antidotes contre la mélancolie. Je me fais une fête de vous mener à ma campagne de 1a Brède, où vous trouverez un chftteau, gothique à la vérité, mais orné de dehors charmans, dont j'ai pris l'idée en Angleterre. Gomme tous avez du goût, je vous consulterai sur les choses que j'entends ajouter i ce qui est déjà fait; mais je vous consulterai surtout sur mon grand ouvrage, qui avance à pas de géant depuis que je ne suis plus dissipé par les dîners et les soupers de Paris. Mon estomac s'en trouve aussi mieux; et j'espère que la sobriété avec laquelle vous vivrez
4, Ambassadeur de Russie i la cour de France.
ehez moi sera le meilleur spécifique contre vos incommodités. Je vous attends donc cet automne, très-empressé de tous embrasser.