XVII. — Au MÊKB
Paris, .... août 4746.
Je ne sais quel tour a fait la lettre que vous m'avez écrite de Baréges; elle ne m'est parvenue que depuis peu de jours. J'ai été
très-scandalisé de la tracasserie de M. le chevalier d' C'est un
plaisant homme que ce prétendu gouverneur de Baréges : il faut
4 . Les Satires russes du prince Gantemir, Iraduiles en françois pa^ l'abbé de Guasco.
2. Dans la congrégation de TOratoire, dont étoit le père Desmolets^ on avoit défendu de remplacer les calottes par des perruques.
que le cordon blea lui ait tourné la tête. Quand je le verrai à Paris , je ne manquerai pas de lui demander si vous avez fait bien des progrès en politique, par la lecture de ses gazettes. J'ai conté ici la querelle d'Allemand qu'il vous a faite, faisant bien remarquer qu'il est fort singulier qu'un homme né dans les Ëtats du roi de Sardaigne soit inquiet de la petite vérole de ce monarque ; et que , tenant par deux frères à la oour de Vienne , il montre d'être fâché de ses échecs. Sachez, mon cher ami, qu'il y a des seigneurs avec qui il ne faut jamais disputer après dîner. Vous avez agi très-prudemment en lui écrivant après son réveil. Votre lettre est digne de TOUS, et je suis enchanté qu'elle l'ait désarmé. Vous devez être glorieux d'avoir triomphé , le jour de Saint-Louis , d'un de nos lieutenans généraux, sans que personne vous ait aidé.
Mandez-moi si vous accompagnerez Mme de Montesquieu à Clérac : car mon ouvrage avance ; et si vous prenez la route opposée , il faut que je sache où vous faire tenir la partie qui va être prête. Je souhaite que votre voyage sur le pic du Midi soit plus heureux que la chasse d'amiante et la pèche des truites du lac des Pyrénées. Mon ami, je vois que les choses difficiles ont de grands attraits pour vous, et que vous suivez plus votre curiosité que vous ne consultez vos forces. Souvenez-vous que vos yeux ne valent guère mieux que les miens : laissez que mon fils, qui en a de bons, grimpe sur les montagnes , et y aille faire des recherches sur l'histoire naturelle ; mais gardez les vôtres pour les choses nécessaires. SI l'on vous a regardé comme un politique dangereux , parce que vous aimez à lire les gazettes, vous courez risque que l'on vous fasse passer pour un sorcier, si vous ^allez grimpant sur des rochers escarpés. Adieu.