‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 165 sur 244 · XIX. >- A UkXjrÈKtvis · texte numérisé non relu

XIX. >- A UkXjrÈKtvis

Paris, 2S noYembre 1746.

Monsieur mon très-cher et très-illustre confrère,

Vous aurez reçu une lettre de moi , datée de Paris. J'en reçois une de vous , datée de Potsdam ; comme vous l'aviez adressée à Bordeaux, elle a resté plus d'un mois en chemin , ce qui m'a privé très-longtemps du véritable plaisir que je ressens toujours lorsque je reçois des marques de votre souvenir. Je ne me console point encore de ne vous avoir point trouvé ici , et mon cœur et mon esprit tous y cherchent toujours. Je ne saurois vous dire avec quel respect , avec quels sentimens de reconnolssance , et, si j'ose le dire, avec quelle joie f apprends par votre lettre la nouvelle que l'Académie m'a fait l'honneur de me nommer un de ses membres : il n'y a que votre amitié qui ait pu lui persuader que je pourrois aspirer à cette place. Cela va me donner de l'émulation pour valoir mieux que je ne vaux; et il y a longtemps que vous auriez vu mon ambition , si je n'avois craint de tourmenter votre amitié en la faisant parottre. Il faut à présent que vous acheviez votre ouvrage , et que vous me marquiez ce que je dois faire en cette occasion , à qui et comment il faut que j'aie l'honneur d'écrire , et comment il faut que je fasse mes remerclmens. Conduisez-moi, et je serai bien conduit. Si vous pouvez dans quelque conversation parler au roi de ma reconnolssance , et que cela soit à propos , je vous prie de le faire. Je ne puis offrir à ce grand prince que de l'admiration , et en cela même je n'ai rien qui puisse presque me distinguer des autres hommes.

Je suis bien fâché de voir par votre lettre que vous n'êtes pas encore consolé de la mort de monsieur votre père. J'en suis vivement touché moi-même; c'est une raison de moins pour nous pour espérer de vous revoir. Pour moi , je ne sais si c'est une chose que je dois à mon être physique ou à mon être moral ; mais mon âme se prend à tout. Je me trouvois heureux dans mes terres , où je ne voyois que des arbres; et je me trouve heureux à Paris, au miUeu de ce nombre d'hommes qui égalent les sables de la mer : je ne demande autre chose à la terre que de continuer à tourner sur son centre; je ne voudrois pourtant pas faire avec elle d'aussi petits cercles que ceux que TOUS faiaiee quand vous étiez à Tornéo. Adieu , mon cher et illustre ami ; je vous embrasse un million de fois.

Page 1