‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 168 sur 244 · XXII. — Av MâMB · texte numérisé non relu

XXII. — Av MâMB

Paris, 20 février 4747.

Vous m'avez bien envoyé l'extrait de ma lettre; mais il y a des points qui ne valent rien. Je vous avois mandé que je vous enverrois une partie de mon ouvrage, mais que, quand vous l'auriez reçue, vous ne vous amuseriez plus à autre chose ; là-dessus vous êtes parti pour faire toutes vos courses , au lieu d'attendre mon manuscrit. Mon cher ami, quand il y aura une métempsycose, vous renaîtrez pour faire la profession de voyageur ; je vous conseille de commencer à tous faire dérater. Mais venons au fait.

Dans trois mois d'ici vous recevrez quinze ou vingt livres , qui n'ont besoin que d'être rekis et recopiés; c'est-à-dire de cinq parties vous en recevrez trois, qui feront le premier volume; et après cela je travaillerai au second, que vous recevrez deux ou trois mois après. S'il ne vous reste plus de courses littéraires ou galantes à faire dans le Languedoc , vous ferez bien d'aller reprendre votre poste de confesseur de Mlle de Montesquieu , ou celui de pénitent de M. l'évêque d'Agen.

Quoi qu'il en soit, en quelque endroit que vous me marquiez, je vous enverrai à la fin d'avril le premier volume. Si vous croyez avoir besoin d'un passe-port de la cour , je serai votre pis-aller , croyant qu'il vaut mieux que vous employiez pour cela M. Le Nain oa M. de Toumi'; ce que je ne dis point du tout pour me dispenser de faire la chose , mais parce que les intendans ont plus de crédit qu'un ex-président. Je vous embrasse de tout mon cœur.

XXni. — Au MÊMB.

Paris y i*' mars 4747.

J'ai parlé à M. de Boze : il m'a renvoyé assez rudement et assez maussadement , et m'a dit qu'il ne se mêloit pas de ces choses-là; qu'il falloit s'adresser àlM. Fréret ' et à M. le comte de Maorepas;

•I. L'abbé Le Benf avoit remporté trois prix A l'Académie des inscriptions avant d'en deyenir membre.

2. M. Le Nain, Intendant du Languedoc; M. de Tourni, intendant de la Guienne.

a. Alors secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions.

que c'étoit la chimère de ceux qui avoient gagné un prix de croire qu'on les recevroit d'abord à rAcadémie. Je ne sais pas s'il n'auroit pas quelque autre en Tue. Je parlai le même jour à M. Duclos, qui me paroît d'assez bonne yolonté; mais c'est un des derniers. Or vous ne pouvez avoir M. de Maurepas que par la duchesse d'Aiguillon , votre muse favorite. Vous savez que je suis brouillé avec M. Fréret ; vous ferez donc bien d'écrire à Mme d'Aiguillon : si je le lui propose, il est sûr et très-sûr qu'elle n'en fera rien; mais, si vous écrivez, elle m'eu parlera et je lui dirai des choses qui pourront l'engager. Si vous gagnez encore un prix, cela aplanira les difficultés. Le père Desmolets m'a dit que vous travailliez : moi je travaille de mon côté; mais mon travail s'appesantit.

Le chevalier Caldwell m'a écrit que vous étiez tenté d'aller avec lui en £gypte ; je lui ai mandé que c'étoit pour aller voir vos confrères les momies. Son aventure de Toulouse est bien risible ; il paroît que dans cette ville-là on est aussi fanatique en fait de politique qu'en fait de religion.

Faites, je vous prie, mes respectueux complimens à H. le premier président Bon : la première chose physique que j'aie vue eu ma vie, c'est un écrit sur les araignées, fait par lui. Je l'ai toujours regardé comme un des plus savans personnages de France ; il m'a toujours donné de l'émulation quand j'ai vu qu'il joignoit tant de connoissances de son métier avec tant de lumières sur le métier des autres : remerciez-le bi^en des bontés qu'il me fait l'honneur de me marquer.

J'ai eu aussi l'honneur de connoître M. Le Nain à la Rochelle , où j'étois allé voir M. le comte de Matignon. Je vous prie de vouloir bien lui rafraîchir la mémoire de mon respect. On dit ici qu'il a chassé les ennemis de Provence par ses bonnes dispositions économiques, et que nous lui devons l'huile de Provence. Votre lettre de change n'est point encore arrivée , mais un avis seulement. Vous voyez bien que vous êtes vif, et que vous avez envoyé M. Jude à perte d'haleine pour une chose qu'il pouvoit faire avec toute sa gravité. Adieu; je vous embrasse de tout mon cœur.

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