Histoire de sa vie; Paris, 4742, p
âO GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.
elle s'obligea de payer dix mille talens en cinquante années, à donner des otages, à livrer ses vaisseaux et ses éléphans, à ne faire la guerre à personne sans le consentement du peuple romain; et, pour la tenir toujours humiliée, on augmenta la puissance de Massinisse , son ennemi éternel.
Après l'abaissement des Carthaginois, Rome n*eut presque plus que de petites guerres, et de grandes victoires ; au lieu qu'auparavant elle avoit eu de petites victoires et de grandes guerres.
11 y avoit dans ces temps-là comme deux mondes séparés : dans Tun combattoient les Carthaginois et les Romains; l'autre étoit agité par des querelles qui duroient depuis la mort d'Alexandre : on n'y pensoit point à ce qui se passoit en Occident' ; car, quoique Philippe, roi de Macédoine, eût fait un traité avec Annibal, il n'eut presque point de suite; et ce prince, qui n'accorda aux Carthaginois que de très-foibles secours , ne fit que témoigner aux Romains une mauvaise volonté inutile.
Lorsqu'on voit deux grands peuples se faire une guerre longue et opiniâtre, c'est souvent une mauvaise politique de penser qu'on peut demeurer spectateur tranquille; car celui des deux peuples qui est le vainqueur entreprend d'abord de nouvelles guerres, et une nation de soldats va combattre contre des peuples. qui ne sont que citoyens.
Ceci parut bien clairement dans ces temps-là ; car les Romains eurent à peine dompté les Carthaginois , qu'ils attaquèrent de nouveaux peuples , et parurent dans toute la terre pour tout envahir.
Il n'y avoit pour lors dans l'Orient que quatre puissances capables de résister aux Romains : la Grèce , et les royaumes de Macédoine . de Syrie, et d'Egypte. Il faut voir quelle étoit la situation de ces deux premières puissances, parce que les Romains conunencèrent par les soumettre.
Il y avoit dans la Grèce trois peuples considérables : les Ëtoliens , les Achaïens et les Béotiens; c'étoient des associations de villes libres, qui avoient des assemblées générales et des magistrats communs. Les Ëtoliens étoient belliqueux, hardis, téméraires, avides du gain, toujours libres de leur parole et de leurs sermens, enfin faisant la guerre sur la terre comme les pirates la font sur la mer. Les Achaïens étoient sans cesse fatigués par des voisins ou des défenseurs incommodes. Les Béotiens, les plus épais de. tous les Grecs, prenoient le moins de part qu'ils pouvoient aux affaires générales : uniquement conduits par le sentiment présent du bien et du mal , ils n' avoient pas assez d'esprit pour qu'il fût facile aux
4. Il est surprenant, comme Josèphe le remarque dans le livre tontre Appien , qu'Hérodote ni Thucydide n'aient jamais parlé des Romains, quoiqu'ils eussent fait de ai grandes guerres. (Jos., liv. I, chap. iv.)