CHAPITRE IV. i
nchesses et les siennes. On nous dit que Koulikan , après la conquête des Indes , ne laissa à chaque soldat que cent roupies d'argent '.
Ce furent Ues conquêtes mêmes d'Annibal qui commencèrent à changer la fortune de cette guerre. Il n'avoit pas été envoyé en Italie par les magistrats de Garthage ; il recevoit très-peu de secours, soit par la jalousie d'un parti, soit par la trop grande confiance de Tautre. Pendant qii^il resta avec son armée ensemble, il battit les Romains ; mais lorsqu'il fallut qu'il mît des garnisons dans les villes, qu*il défendît ses alliés, qu'il assiégeât les places, ou qu'il les empêchât d'être assiégées , ses forces se trouvèrent trop petites ; et il perdit en détail une partie de son armée. Les conquêtes sont aisées à faire, parce qu'on les fait avec toutes ses forces ; elles sont difficiles à conserver, parce qu'on ne les défend qu'avec une partie de ses forces.
Chap. y. — De Vétat de la Grèce, de la Macédoine, de la Syrie et de V Egypte, après rabaissement des Carthaginois.
Je m'imagine qu'Annibal disoit tr^s-peu de bons mots , et qu'il en disoit encore moins en faveur de Fabius et de Harcellus contre lui-même. J'ai du regret de voir Tite Live jeter ses fleurs sur ces énonnes colosses de l'antiquité : je voudrois qu'il eût fait comme Homère, qui néglige de les parer, et qui sait si bien les faire mouvoir.
Encore faudroit-il que les discours qu'on fait tenir à Annibal fussent sensés. Que si, en apprenant la défaite de son frère, il avoua qu'il en prévoyoit la ruine de Garthage, je ne sache rien de plus propre à désespérer des peuples qui s'étoient donnés à lui , et à décourager une armée qui attendoit de si grandes récompenses après la guerre.
Gomme les Carthaginois en Espagne , en Sicile et en Sardaigne , n'opposoient aucune armée qui ne fût malheureuse, Annibal, dont les euiemis se fortifioient sans cesse , fut réduit à une guerre défensive. Gela donna aux Romains la pensée de porter la guerre en Afrique : Scipion y descendit. Les succès qu'il y eut obligèrent les Gartheginois à rappeler d'Italie Annibal , qui pleura de douleur en cédant aux Romains cette terre où il les avoit tant de fois vaincus.
Tout ce que peut faire uq grand homme d'Ëtat et un grand capitaine, Annibal le fit pour sauver sa patrie : n'ayant pu porter Scipion à la paix , il donna une bataille où la fortune sembla prendre plaisir à confondre son habileté , son expérience et son bon sens.
Garthage reçut la paix , non pas d'un ennemi , mais d'un maître ;