XXIX. — Au MÊUB
De Paris, le 49 octobre 4747.
Je vous demande pardon de vous avoir donné de fausses espérances de mon retour ; des affaires que j'ai ici m'ont empêché de
4. Montesquieu sontenolt rinstitulion du stathoudérat, qui étolt devenue odieuse à la France par la nomination récente du prince d'Orange.
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partir comme je Tavois projeté, le suis aussi en l'air que vous. Je serai pourtant au commencement de mars à Bordeaux. Faites, en attendant, bien ma cour à la charmante comtesse de Pontac, chez qui je crois que vous êtes à présent, et d*où j*espère que vous descendrez à Bordeaux, où nous disputerons politique et théologie. J'enverrai le livre à M. Le Nain. Je peux bien envoyer un roman à un conseiller d'État : à vous, il faut les Pensées de M. Pascal; quoique, dix-huit ou vingt dames que le prince de Wurtemberg m'a dit que vous avez sur votre compte en Languedoc et en Provence vous auront sans doute beaucoup changé , et rendu plus croyant touchant les aventures galantes. Vous ferez comme cet ermite que le diable damna en lui montrant un petit soulier; car je vous ai toujours TU enclin aux belles passions, et je suis persuadé que dans votre dévotion vous enragiez de bon cœur; mais il faudra vous divertir à Bordeaux, et je chargerai ma belle-fiUe d'avoir soin de vous. Je vis l'autre jour M. de Boze , avec qui je parlai beaucoup de vous. Quand vous serez ici, vous entrerez à l'Académie par la porte cochère ; mais je vous conseille d'écrire encore sur le sujet du prix proposé pour l'année prochaine. Comme ce sujet tient à celui que vous avez traité \ et que vous tenez le fil des règnes précédens , vous trouverez moins de difficultés dans vos nouvelles recherches. Si les Mémoires sur lesquels je travaillai VHistoire de Louis XI n'avoient point été brûlés, j'aur ois pu vous fournir quelque chose sur ce sujet. Si vous remportez ce troisième prix , vous n'aurez besoin de personne, et votre réception n'en sera que plus glorieuse. Vous aurez tant de loisir que vous voudrez à Clérac et à la Brède , où les voyages et les dames ne vous distrairont plus. Vous êtes en haleine dans cette carrière , et vous y trouverez plus de facilité qu'un autre. Adieu ; je vous embrasse mille fois.