‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 174 sur 244 · XXXI. — A L'ABBé DE GUAMO · texte numérisé non relu

XXXI. — A L'ABBé DE GUAMO

De Paris, ce 28 mars 4748.

Tout ce que je puis vous dire, c'est que je pars au premier jour pour Bordeaux, et que là j'espère avoir le plaisir de tous voir. Je sais que je vous dois des remercîmens pour les deux petits chiens de Bengale , de la race de l'infant don Philippe , que vous me menez; mais, comme les remercîmens doivent être proportionnés à la beauté des chiens , j'attends de les avoir vus pour former les expressiofns de mon compliment. Ce ne seront point deux aveugles comme vous et moi qui les formeront, mais mon chasseur, qui est très-habile, conmie vous savez.

J'ai envoyé mon roman à M. Le Nain , et je trouve fort extraordinaire que ce soit un théologien qui soit le propagateur d'un ouvrage si frivole. Je vais aussi envoyer un exemplaire de la nouvelle édition de la Décadence des Romains au prince Edouard , qui , en m*envoyant son manifeste , me dit qu'il falloit de la correspondance entre les auteurs , et me demandoit mes ouvrages.

Je fais bien ici vos affaires , car j'ai parlé de vous à Mme la comtesse de Senectère , qui se dit fort de vos amies. Je n'ai pas daigné parler pour vous à la mère , car ce n'est pas des mères dont vous vous souciez. Bien des complimens à lime la comtesse de Pontac : quoi que vous puissiez dire de sa fille , je tiens pour la mère ; je ne suis pas comme vous.

Dites à l'abbé Venuti que j'ai parlé à l'abbé de Saint-Gyr , et qu'il fera une nouvelle tentative auprès de M. Tévéque de Mirepoix. Je n'ai jamais vu un homme qui fasse tant de cas de ceux qui administrent la religion , et si peu de ceux qui la prouvent.

M. Lomelini m'a conté comme, pendant votre séjour en Languedoc , vous étiez devenu citoyen de Saint-Marin , et un des plus illustres sénateurs de cette république : je m'en suis beaucoup diverti. Ce n'est pas cette qualité sans doute qui donnoit envie au maréchal de Belle-Isle de vous avoir sur les bords du Var : c'est qull vous savoit bien d'un autre pays ; et je crois que vous avez bien fait de ne point accepter son invitation. Dieu sait comment on auroit interprété ce voyage dans votre pays.

Je souhaite ardemment de vous trouver de retour à Bordeaux quand j'y arriverai , d'autant plus que je veux que vous me disiez votre avis sur quelque chose qui me regarde personnellement. Mon fils ne veut point de la charge de président à mortier que je comptois lui donner. Il ne me reste donc que de la vendre, ou de la reprendre moi-même. C'est sur cette alternative que nous conférerons avant que je me décide ; vous me direz ce que vous pensez , après que je vous aurai expliqué le pour et le contre des deux partis à prendre : t&chez donc de ne vous pas faire attendre longtemps. Adieu.

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