I. M. de Mirepoix ne fat fait duc qu'après son ambassade
b08 LETTRES.
cultes. Remarquez que je tous dis de belles nouvelles pour un homme de province , et que vous aurez beaucoup de peine à me payer cela en préconisations et en congrégations. Le commerce de Bordeaux se rétablit un peu , et les Anglois ont eu même l'ambition de boire de mon vin cette année ; mais nous ne pouvons nous bien rétablir qu'avec les îles de TAmérique , avec lesquelles nous faisons notre principal commerce. Je suis bien aise que vous soyez content de l'Esprit des Lois, Les éloges que la plupart des gens pourroient me donner làdessus flatteroient ma vanité ; les vôtres augmenteront mon orgueil , parce qu'ils sont donnés par un homme dont les jugemens sont toujours justes et jamais téméraires. Il est vrai que le sujet est beau et grand : je dois bien craindre qu'il n'eût été beaucoup plus grand que moi; je puis dire que j'y ai travaillé toute ma vie. Au sortir du collège , on me mit dans les mains dies livres de droit ; j'en cherchai l'esprit, j'ai travaillé, je ne faisois rien qui vaille. Il y a vingt ans que je découvris mes principes; ils sont très- simples : un autre qui auroit autant travaillé que moi auroit fait mieux que moi. Mais j'avoue que cet ouvrage a pensé me tuer : je vais me reposer; je ne travaillerai plus. Je vous trouve fort heureux d'avoir à Rome M. le duc de Nivernois * ; il avoit autrefois de la bonté pour moi ; il n'étoit pour lors qu'aimable : ce qui doit me piquer , c'est que j'ai perdu auprès de lui à mesure qu'il est devenu plus raisonnable. M. le duc de Nivernois a auprès de lui un homme qui a beaucoup de mérite et de talens; c'est M. de La Bruère'. Je lui dois un remercîment : si vous le voyez chez M. le duc de Nivernois , je vous prie de vouloir bien le lui faire pour moi.
Vous voyez bien qu'il n'est point question de votre excellence^ et que vous n'aurez pas à me dire : c Que diable ! avec votre excellence 1 » J'ai l'honneur de vous embrasser mille fois.