‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 183 sur 244 · XL. — A l'abbé de Guâsco , A Paris · texte numérisé non relu

XL. — A l'abbé de Guâsco , A Paris

De Bordeaux, le 2 juillet 4749.

Pour vous prouver , illustre abbé , combien vous avez eu tort de me quitter, et combien peu je puis être sans vous , je vous donne avis que je pars pour vous aller joindre à Paris: car, depuis que vous êtes parti , il me semble que je n'ai plus rien à faire ici. Vous êtes un imbécile de n'avoir point été voir l'archevêque , puisque

4 . Le rabuliste , membre de rAcadémie françoise. Il fat ambassadeur à Home , à Berlin et à Londres , entra au conseil sous le ministère du comte de Vergenncs, et mourut à quatre-vingt-deux ans en 4 798.

2. La Bruère , auteur d'une rie de ChaHemagne et de quelques pièces de théttre; chargé d'affaires à Rome.

vous vous êtes arrêté quelques jours à Tours î c'étoit peut-être la seule personne que vous aviez à voir , et il vous auroit très-bien reçu. Vous auriez aussi dû faire un demi-tour à gauche à Yerret : M. et Mme d'Aiguillon vous enauroient loué. Gela valoit bien mieux que votre abbaye de Marmoutier où vous n'aurez vu que des choses gothiques, et de vieilles paperasses qui vous gâtent les yeux. Votre Irlandois de Nantes m*a beaucoup diverti. Un banquier a raison de se figurer qu'un homme qui s'adresse à lui pour chercher des académies parle de celles de jeu, et non des académies littéraires , où il n'y a rien à gagner pour lui. Le curé voit en songe son clocher, et sa servante y voit la calotte.- Je savois bien que vous aviez fait vos preuves de coureur , mais je n'aurois pas cru que vous pussiez faire celles de courrier. M. Stuart dit que vous l'avez mis sur les dents. Quand vous vous embarquerez une autre fois , embarquez votre chaise avec vous , car on ne remonte pas les rivières comme on les descend. J*espère que vous ne vous presserez pas de partir pour l'Angleterre : il seroit bien mal à vous de ne pas attendre quelqu'un qui fait cent cinquante lieues pour vous aller trouver. Je compte d'être à Paris vers le 17 : vous avez le temps, comme vous voyez, de vous transporter dans la rue des Rosiers; car il ne faut pas que vous vous éloigniez trop de moi. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur.

XLL — Au MÊME.

De Paris, .... 4749.

M. d'Estouvilles , mon cher abbé , me persécute pour que je vous engage de lui accorder une heure fixe tous les soirs pour achever la lecture et la correction de sa traduction de Dante. Il promet s'en rapporter à vous pour tous les changemens que vous jugerez à propos qu'il fasse ; et il ne vous demande grâce que pour sa préface. Vous savez qu'il a son style particulier, auquel il ne renonce pas, même quand il parle aux ministres. Marquez-moi ce que je dois lui répondre ; il viendra chez vous tous les soirs, jusqu'à ce que a'iecture soit terminée. Bonsoir.

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