XLII. — A MONSEIGNEUR CeRATI
De Paris, le 24 novembre 4749.
J'ai trouvé, en passant à la campagne, MM. de Sainte-Palaye, qui m'ont parlé de monseigneur Cerati : Je les ai perpétuellement interrogés sur monseigneur Cerati. Quelque chose me déplaisoit, c'étoit de n'être point à Rome avec le grand homme dont ils me parloient. Ils m'ont dit que vous vous portiez bien: j'en rends grâce à l'air de Rome , et je m'en félicite avec tous vos amis.
M. de Buffon vient de publier trois volumes qui seront suivis de
douze autres; les trois premiers contiennent des idées générales : les douze autres contiendropt une description des curiosités du Jardin du Roi. H. de Buifon a parmi les savans de ce pays-ci un trèsgrand nombre d'ennemis; et la voix prépondérante des savans emportera, à ce que je crois, la balance pour bien du temps : pour moi, qui y trouve de belles choses, j'attendrai avec tranquillité et modestie la décision des savans étrangers; je n'ai pourtant vu personne à qui je n'aie entendu dire qu'il y avoit beaucoup d^itilité à le lire.
H. de Haupertuis, qui a cru toute sa vie, et qui peut-être a prouvé qu'il n'étoit point heureu| , vient de publier un écrit sur le bonheur. C'est l'ouvrage d'un homme d'esprit ; et on y trouve du raisonnement et des gr&ces. Quant à mon livre de VEsprit des Lois j'entends quelque frelons qui bourdonnent autour de moi ; mais si les abeilles y cueillent un peu de miel , cela me suffit ; ce que vous m'en dites me fait un plaisir infini: il est bien agréable d'être approuvé des personnes que l'on aime. Agréez , je vous prie , monseigneur, mes sentimens les plus respectueux. .
^III. — Au CHEVALIISR p'AYDIES.
De Paris, le 24 novembre 4749.
Mon cher chevalier, que prétendez- vous faire? Ne voulez-vous point revenir de votre Périgord ? On ne peut aller là que pour manger des truffes. Vous nous laissez ici ; nous vous aimons : vous êtes un philosophe insupportable. Je reçois quelquefois des nouvelles de Mme de Mirepoix, qui me dit toujours de vous faire ses complimens. Il y a ici une grande stérilité en fait de nouvelles. Je ne puis vous dire autre chose , si ce n'est que les opéras et les comédies de Mme de Pompadouf vont commencer, et qu'ainsi M. le duc de La Va)lière va être un des premiers hommes de son siècle ; et, cqmme on i^e parle ici que de comédies ou de bals , Voltaire jouit d'une faveur particulière : on prétend que le jour qu'il doit donner son Catilina<, il donnera une Electre ;yy consens. Les du Châtel sont ici. M. de Forcalquier se porte en général très-bien. Je vous prie de me conserver toigours votre amitié que j'adore, et d'agréer mon respect infini.