XLVI. — A l'abbé Venuti
A Bordeaux.
De Paris, le 48 mai 4760.
Je suis bien fâché, mon cher abbé, que vous partiez pour l'Italie, et encore plus que vous ne soyez pas content de nous. Je vois pourtant, sur ce qui m'est revenu , qu'on n'a pas pensé à manquer à la considération qui vous est due si légitimement. Je souhaite bien que vous ayez satisfaction dans votre voyage d'Italie, et je souhaiterois bien qu'après ce temps de pèlerinage vous passassiez dans une plus heureuse transmigration, et telle que votre mérite personnel la demande. Si vous pouvez retirer votre dissertation de chez le président Barbets qui la garde comme des livres sibyllins, j'en ferai usage ici à votre profit; mais votre lettre ne le fait pas espérer. Faites, je vous prie , mes complimens à notre comtesse et à Mme Duplessis. Si vous faites votre voyage entièrement par terre , vous verrez à Turin le commandeur de Solar , qui y viendra de Rome. Adieu , mon cher abbé ; conservez-moi de l'amitié , et croyez qu'en quelque lieu du
monde que je sois , vous aurez un ami fidèle.
^YII. .^ Au MARQUIS DE StAINVILLE, MINISTRE PLéRIPOTENTIAIRE
DB l'empereur d'Allemagne a Paris.
. De Paris, le 27 mai 4750.
Les bontés dont votre excellence m'a toujours honoré font que je prends la liberté de m'ouvrir à elle sur une chose qui m'intéresse beaucoup. Je viens d'apprendre que les jésuites sont parvenus à faire défendre, à Vienne, le débit du livre de VEs^fit des Lois, Votre excellence sait que j'ai déjà ici des querelles à soutenir , tant contrôles jansénistes que contre les jésuites ; voici ce qui y a donné lieu. Au chapitre vi du livre IV de mon livre , j*ai parlé de l'établissement des jésuites au Paraguay, et j'ai dit que, quelques mauvaises couleurs qu'on ait voulu y donner, leur conduite à cet égard étoit très-louable; et les jansénistes ont trouvé très-mauvais que j'aie paç là défendu ce qu'ils avoient attaqué, et approuvé la conduite des jésuites; ce qui les a mis de très-mauvaise humeur. D'un autre côté, les jé-