LI. — A MONSEIGNEUR GeRATI
De Paris, le 23 octobre 4760.
Je vous supplie, monseigneur, d'agréer que j'aie l'honneur de vous recommander M. Forthis, professeur à l'université d'Edimbourg , qui est extrêmement recommandable par son savoir et ses beaux ouvrages, entre autres par celui qu'il a 'donné surTéducation. M. le professeur a beaucoup de bontés pour moi , et m'honore de son amitié ; ainsi je vous prie d'agréer que je le recommande à la vôtre. Je vous prie de faire connoître cet habile homme à l'abbé Niccolini , que j'embrasse. Nous avons perdu cet excellent homme , M. Gendron; j'en suis très-affligé , et je suis sûr que vous le serez aussi : c'étoit une bonne tête physique et morale; et je me souviens que nous trouvions qu'il en sortoit de très-bonnes choses. Je vous supplie de m'aimer autant que je vous aime, et, s'il se peut, autant que je vous honore et vous admire. Notre ami l'abbé de Guasco, devenu célèbre voyageur, est dans ma chambre, et me charge de vous faire mille complimens : il arrive d'Angleterre.
518 LETTRilS.
LU. — Au 6BAND PRIEUR SOLAR,
A Turin.
I>e Paris , ce .... •
Votre excellence a beau dire, je ne trouyç pa$ les ezciise^ que vous m'apportez de la rareté dç vos lettres assez bonnes pour vous la pardonneir; et c'est parce que je ne trouve pa$ vos raisons assez bonnes , que je vous écris en cérémonie pour me veiiger.
Je vous dirai pour nouveHçi que l'on vient d'exiler un conseiller de notre parlement, parce qu'il a prêté sa plume à coucher les remontrances que le corps ^ cru devoir faire au roi; et cq qi^'il y a de plus incroyable encore est que l'exil a été ordonné sans qu'oi^ ait même lu les remontrances.
L'abbé de Guasco est de retour de son voyage de Londres , dont il est fort content. Il se loue beaucoup de M. et de Mme de Mirepoix, à qui vous l'aviez recommandé : il dit qu'ils sont fort aimés dans ce pays-là. Notre abbé , enthousiasmé des succès de l'inoculation , " dont il s'est donné la peine de faire un cours à Londres, s'est avisé de la prôner un jour en présence de Mme la duchesse du Maine à Sceaux; mais il en a été traité comme les apètres qui prêchent des vérités inconnues. Mme la duchesse se mit en fureur, et lui dit qu'on voyoit bien qu'il avoit contracté la férocité des Ânglois, et qu'il étoit honteux qu'un homme de son caiactère soutînt une thèse aussi contraire à l'humanité. Je crois que son apostolat ne fera pas fortune à Paris. En effet, comment se persuader qu'un usage asiatique qui a passé en Europe par les mains des Anglois, et nous est prêché par un étranger', puisse être cru bon chez nous, qui avons le droit exclusif du ton et des modes? L'abbé compte de faire un voyage en Italie au printemps prochain : il me charge de vous dire qu'il se fait d'avance un grand plaisir de vous trouver à Turin. Je vou4rois bien pouvoir me flatter 4^ le partager avec lui ; mais je crois que mon vieux château et mon cuvier q!^e jrappelleront bientôt dans ma province ; car depuis la paix jnon vin fait encore plus de fortune en Angleterre qu'en a fait mon livre. Je vous prie de dire les choses les plus tftndre^ dp ma part à M. le marquis de Breil , et de me donner bientôt des nouvelles des deux personnes que j'aime et que je respecte le plus 4 Turin.
LUI. — A l'abbé Venuti.
De Paris, le 30 octobre 4750.
Mon cher abbé , je ne vous ai point encore remercié de la place distinguée que vous m'avez donnée dans votre TrioinpfteU Vous
4 . Il Trionfo letterario délie Francia. L'abbé Venuti f parle de Mqa-
êtes Pétrarque, et moi pas grand'chose. H. Tercier' m'a écrit pour me prier de tous remercier de sa part de rexemplaire que ie lui ai euyoyé , et de vous dire que M. de Puysieux avoit reçu le sien avec toute sorte de satisfaction'. Gomme il n'en est venu ici que très<peu d'exemplaires, je ne pourrai pas encore vous marquer le succès de l'ouvrage ; mais j'en ai ouï dire du bien , et il me paroit que c'est de la belle poésie.
<t El te fecere poetam
« Piérides »
^Virg., Égi. IX, V. 34.)
Je ne puis pas m'accoutumer , mon cher abbé , à penser que vous n'êtes plus à Bordeaux : vous y avez laissé bien des amis qui vous regrettent beaucoup; je vous assure que je suis bien de ce nombre. Écrivez-moi quelquefois. J'exécuterai vos ordres à l'égard d'Huart , et du recueil de vos dissertations : vous vous mettez très-fort à la raison, et il doit sentir votre générosité. Je verrd M. de La Curne; je ferai parler à Tabbé Le Bœuf; et, s'il n'est point un bœuf, il verra qu'il y a très-peu à corriger à votre dissertation. Le président Barbot devroit bien vous trouver la dissertation perdue comme une épingle dans la botte de foin de son. cabinet. Effectivement il est bien ridicule d'avoir fait une incivilité à Mme de Pontac , en faisant tant valoir une augmentation de loyer que nous ne toucherons point, et d'avoir si mal fait les affaires de l'Académie. Envoyez- moi ce que vous voulez ajouter aux dissertations que j'ai. Adieu , mon cher abbé ; je vous salue et embrasse de tout mon cœur.