‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 204 sur 244 · LXV. — A l'abbé de Goasco · texte numérisé non relu

LXV. — A l'abbé de Goasco

De la Brède, le 9 novembre 4754.

J'ai reçu , monsieur le comte , à la Brède , où je suis et où je voudrois bien que voiis fussiez, votre lettre datée de Turin. M. le marquis de Saint-Germain S qui s'intéresse vivement à ce qui vous regarde , m'avoit déjà appris la manière distinguée dont vous avez été reçu à votre cour, et la justice qu'on vous y a rendue. Il est consolant de voir un roi réparer les torts que son ministre a fait essuyer; et je vois avec joie qu'avec le temps le mérite est toujours reconnu par les princes éclairés qui se donnent la peine de voir les choses par eux-mêmes. Les bons offices que M. le marquis de Saint- Germain vous a rendus par ses lettres augmentent la bonne opinion que j'avois de lui. Je vous fais bien mes complimens sur l'investiture de votre comté ; et si j'avois appris que vous aviez été investi d'une abbaye , ma satisfaction seroit aussi complète qu'eût été la réparation AU reste , mon cher ami, je ne voudrois point qu'il vous vînt la tentation de nous quitter : vous savez que nous vous rendons justice en France , et que vous y avez des amis. Ce seroit une ingratitude à vous d'y renoncer pour un peu de faveur de cour : permettez-moi de me reposer à cet égard sur la maxime qu'on n'est pas prophète dans sa patrie.

J'di eu ici milord Hyde, qui est allé de Paris à Yeret cliez notre duchesse , de là à Kichelieu chez M. le maréchal , de là à Bordeaux et à la Brède, de là à Aiguillon, où M. le duc à mandé qu'on lui fît les honneurs de son château ; de sorte qu'il trouve partout les empressemens qui sont dus à sa naissance , et ceux qui sont dus à son mérite personnel. Milord Hyde vous aime beaucoup, et auroit bien voulu aussi vous trouver à la Brède.

Vous avez touché la vanité qui se réveillé dans mon cœur dans l'endroit le plus sensible , lorsque vous m'avez dit que S. A. R. avoit la bonté de se ressouvenir de moi : présentez, je vous prie, mes adoration^ à ce grand prince ; ses vertus et ses belles qualités forment pour tnoi un spectacle bien agréable. Aujourd'hui l'Europe

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