‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 205 sur 244 · Ambassadeur de Bardaigtie à Paris · texte numérisé non relu

Ambassadeur de Bardaigtie à Paris

est si mêlée , et il y a une telle communication de ses parties , qu'il est vrai de dire que celui qui fait la félicité de l'une fait encore la félicité de l'autre ; de sorte que le bonheur va de proche en proche ; et quand je fais des châteaux en Espagne , il me semble toujours qu'il m'arritera de pouvoir encore aller faire ma cour à votre aimable priûcê. Dites au marquis de Breil et à H. le grand prieur que , tant que je vivrai , je serai à eux : la première idée qui me vint , lorsque je les vis à Vienne, ce fut de chercher à obtenir leur amitié, et je l'ai obtenue. Mme de Samt-Maur me mande que vous êtes en Piémont dans une nouvelle Herculée't où après avoir gratté huit jours la terré , vous avez trouvé une sauterelle d'airain. Vous avez donc fait deux cents lieues pour trouver une sauterelle ! Vous êtes tous des charlatans , messieurs les antiquaires. Je n'ai point de nouvelles ni de lettres de l'abbé Venuti depuis son départ de Bordeaux : il avoit quelque bonté pour moi avant que d'être prêtre et prévôt. Mandez-moi si vous retournerez à Paris : pour moi, je passerai ici l'hiver et une partie du printemps. La province est ruinée ; et dans ce cas tout le monde a besoin d'être chez soi. On me mande qu'à Paris le luxe est affreux : nous avons perdu ici le nôtre , et nous n'avons pas perdu grand' chose. Si vous voyiez l'état où est à présent la Brède , je crois que vous en seriez content. Vos conseils ont été suivis , et les changemens que j'ai faits ont tout développé : c'est un papillon qui s'est dépouillé de ses nymphes. Adieu, mon ami, je vous salue et embrasse mille fois.

LXVL — Au MÊME ,

A Fontainebleau.

De Paris , le . . . .

Ce que vous me mandez par votre billet d'hier ne sauroit me déterminer à renoncer au principe que je me suis fait. Depuis le futile de La Porte jusqu'au pesant Dupin, je ne vois rien qui ait assez de poids pour mériter que je réponde aux critiques : il me semble même que le public me venge assez , et par le mépris de celles du premier , et par l'indignation contre celles du second. Par le détail que vous me ferez à votre retour de ce que vous avez entendu des deux conseillers au parlement en question , je verrai s'il vaut la peine que je donne quelques éclaircissemens sur les points jqui ont paru les choquer. Je m'imagine qu'ils ne parlent que d'après le nouvelliste ecclésiastique , dont les déclamations et les fureurs ne ^devroient jamais faire impression sur les bons esprits. A l'égard du plan que le petit ministre de Wurtemberg voudroit que j'eusse suivi dans un ouvrage qui porte

4 . Ancienne ville à^Industrin, retrouvée sur les bords du Pô, en Piémont.

le titre à* Esprit des lot^ , répondez-lui que mon intention a été de faire mon ouvrage , et non pas le sien. Adieu.

Page 1