‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 209 sur 244 · LXX. — Au MÊME · texte numérisé non relu

LXX. — Au MÊME

De Raymond en Gascogne, le 8 aoûl 4752.

Soyez le bien arrivé , mon cher comte. Je regrette beaucoup de n'avoir pas été à Paris pour vous recevoir. On dit que ma concierge . Mlle Betti, vous a pris pour un revenant, et a fait un si grand cri en vous voyant, que tous les voisins en ont été éveillés. Je vous remercie de la manière dont vous avez reçu mon protégé. Je serai à Paris au mois de septembre. Si vous êtes de retour de Totre résidence avant que je sois arrivé, vous me ferez honneur de porter votre bréviaire dans mon appartement; je compte pourtant y être arrivé avant vous. Vous êtes un homme extraordinaire : à peine avez-vous bu de l'eau des citernes de Tourn^y , que Toumay vous envoie en députation. Jamais cela n'est arrivé à aucun chanoine.

Je vous dirai que la Sorbonne , peu contente des applaudissemens qu'elle recevoir sur l'ouvrage de ses députés , en a nommé 4'autres pour réexaminer l'affaire.- Je suis là-dessus extrêmement tranquille : ils ne peuvent dire que ce que le nouvelliste ecclésiastique a dit; et je leur dirai ce que j'ai dit au nouvelliste ecclésiastique; ils ne sont pas plus forts avec ce nouvelliste , et ce nouvelliste n'est pas plu$ fort avec eux. Il faut toujours en revenir à la raison : mon livre est un livre de politique, et non pas un livre de théologie; et leurs objections sont dans leurs têtes , et Qon pas dans mon livre '.

Quant i Voltaire, il a trop d'esprit pour m'entendre : tous les

4. Subside payé aux Hollandois par la coor de Vienne y pour la garnison des places de la barrière.

2. La Sorbonne, après de longues hésitations, finit par s'abstenir.

lÎTre? q^'il Ut» il les fait, après quoi il approuve ou critique ce qu'il a fait. Je vous remercie de la critique du père Gerdil > : elle est faite par un homme qui mériteroit de m'entendre . et puis de me critiquer. Je serois bien aise , mon cher ami , de vous revoir à Paris : vous me parleriez de toute l'Europe; moi je vous parler ois de mon village de la Brède , et de mon château y qui est à présent digne de recevoir celui q^i a parcouru tous les pays.

K Te maris et terrœ, nunieroque carenUs arenee, Mensorem *. . . . »

Mme de Montesquieu, M, le doyen de Saint-Surin, et moi, sommes actuellement à Baron, qui est une maison entre deux mers, que vous n'avez point vue. Mon fils est à Clérac , que je lui ai donné pour son domaine avec Montesquieu. Je pars dans quelques jours pour Nisor, abbaye de mon frère : nous passerons par Toulouse, où je rendrai mes respects à Clémence Isaure , que vous connoissez si bien. Si vous y gagnez le prix, mandez-le-moi; je prendrai votre médaille en passant : aussi bien n'avez-vous plus la ressource des intendans. Il vous faudroit un homme uniquement occupé à recueillir les médailles que vous remportez. Si vous voulez, je ferai aussi à Toulouse une visite de votre part à votre muse , Mme Montégu , pourvu que je ne sois pas obligé dé lui parler , comme vous faites, en langage poétique.

Je vous dirai pour nouvelle que les jurats comblent dans ce moment les excavations qu'ils avoient faîtes devant T Académie. Si les Hollandois avoient aussi bien défendu Berg-op-Zoom que monsieur notre intendant a défendu ses fossés , nous n'aurions pas aujourd'hui la paix. C'est une terrible chose que de plaider contre un intendant ; mais c'est une chose bien douce que de gagner un procès contre un intendant. Si vous avez quelque relation avec M. de Larrey , à la Haye, parlez-lui, je vous prie, de notre tendre amitié. Je suis bien aise d'apprendre son crédit à la cour du stathouder : il mérite la confiance qu'on a en lui. Je vous embrasse , mon cher ami , de tout mon coe^r«

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