‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 215 sur 244 · POMPADOUR · texte numérisé non relu

POMPADOUR

Piron est assez puni , madame , pour les mauvais vers qu'on dit qu'il a faits; d'un autre côté , il en a fait de très -bons. Il est aveugle, infirme, pauvre , marié , vieux. Le roi ne pourroit-il pas lui accorder quelque pension? Il est beau de l'obtenir. C'est ainsi que vous employez le crédit que vos belles qualités vous donnent; et, parce que

* . L'auteur de cette défense étoit La Baumelle.

TOUS êtes heureuse , tous voudriez qu'il n'y eût point de malheureux. Le feu roi exclut La Fontaine d'une place à rAcadémie , à cause de ses contes : il la lui rendit six mois après à cause de ses fables.

LXXVv — A l'àbbé de Guasco,

A Vienne,

De Paris, le 5 mars 47S3.

J'ai reçu , mon cher comte , votre lettre de Vienne du 28 décembre. Je suis fâché d'avoir perdu ceux qui m'avoient fait Thonneur d'avoir de l'amitié pour moi. Il me reste le prince de Lichtenstein, et je vous prie de lui faire bien ma cour. J'ai reçu des marques d'ami- ' tiède M. Du val, bibliothécaire de l'empereur • , qui fait beaucoup d'honneur à la Lorraine, sa patrie. Dites aussi, je vous prie,quelque chose de ma part à M. Van-Swieten : je suis un véritable admirateur de cet illustre Esculape. Je vis hier M. et Mme de Sênectère : vous savez que je ne vois plus que les pères et lès mères dans toutes les familles. Nous parlâmes beaucoup de vous ; ils vous aiment beaucoup. J'ai fait connoissance avec... Tout ce que je puis vous en dire , c'est que c'est un seigneur magnifique , et fort persuadé de ses lumières; mais il n'est pas notre marquis de Saint-Germain : aussi n'est-il pas un ambassadeur piémontois. Bien de ces têtes diplomatiques se pressent trop de nous juger; il faudroit nous étudier un peu plus. Je serois bien curieux de voir les relations que certains ambassadeurs font à leurs cours sur nos affaires internes. J'ai appris ici que vous relevâtes fort à propos l'équivoque touchant la qualification de mauvais citoyen. Il faut pardonner à des ministres, souvent imbus des principes du pouvoir arbitraire , de n'avoir point des notions bien justes sur certains points, et de hasarder des apophthegmes*.

La Sorbonne cherche toujours à m'attaquer : il y a deux ans qu'elle travaille sans savoir guère comment s'y prendre. Si elle me fait mettre à ses trousses, je crois que j'achèverai de l'ensevelir. J'en serois bien fâché, car j'aime la paix par-dessus toutes choses. Il y a quinze jours que l'abbé Bonardi m'a envoyé un gros paquet pour mettre dans ma lettre pour vous. Gomme je sais qu'il n'y a dedans que de vieilles rapsodies que vous ne liriez point , j'ai voulu vous

4. Jameray-Daval , valet de ferme en Champagne, dans son enfance, puis professeur d'histoire à Lunérille, il Suivit le duc François de Lorraine en Toscane , et devint ensuite son bibliothécaire à Vienne , lorsque le duc devint empereur par son mariage avec Marie -Thérèse.

2. Un mùbsssadear avoit traité Montesquieu de mauvais citoyen devant Tabbé dé Guasco, qui répondit que a c'éloit faire preuve de fidélité que d'è^.lairer ses maîtres , et que V Esprit des Lois étûit l'ouvrage d'un bon ciioycn. »

épargner un port considérable : ainsi je garde la lettre jusqu'à votre retour, ou jusqu'à ce que vous me mandiez de vous l'envoyer, en cas qu'il y ait autre chose que des nouvelles des rues. J'ai appris avec bien du plaisir tout ce que vous me mandez sur Totre sujet. Les choses obligeantes que vous a dites l'impératrice font honneur à son discernement , et les effets de la bonne opinion qu'elle vous a marquée lui feront encore plus d'honneur. Nous lisons ici la réponse du roi d'Angleterre au roi de Prusse , et elle passe dans ce pays-ci pour une réponse sans réplique. Vous qui êtes docteur dans le droit des gens , vous jugerez cette question dans votre particulier.

Vous avez très-bien fait de passer par Lunéville : je juge, par la satisfaction que j'eus moi-même dans ce voyage, de celle que vous avez éprouvée par la gracieuse réception du roi Stanislas. Il exigea de moi que je lui promisse de faire un autre voyage en Lorraine. Je souhaiterois bien que nous nous y rencontrassions à votre retour d'Allemagne ; l'instance que le roi vient de vous faire par sa gracieuse lettre d'y repasser doit vous engager à reprendre cette route. Nous voilà donc encore une fois confrères en Apollon * ; en cette qualité , recevez l'accolade.

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