Ambassadeur de Sardaigne à Paris
534 LETtRES.
situtiques n'a attribué, dans une feuille de 4 juin, que je n'ai ?ue que fort tard, une brochure intitulée : Suite de la Défense de V Esprit des Lois, îsAie par un protestant, écrivain babile, et qui à infiniment d'esprit*. L'ecclésiastique me l'attribue, pour en prendre le sujet de me dire des injures atroces. Je n'ai pas jugé à propos de rien dire : 1<* par mépris ; 2"* parce que ceux qui sont au fait de ces choses savent que je ne suis point auteur de cet ouvrage ; de sorte que toute cette manœuvre tourne contre le calomniateur. Je ne connois point l'air actuel du bureau de Paris ; et si ces feuilles ont pu faire impression sur quelqu'un , c'est-à-dire si quelqu'un a cru que je fusse l'auteur de cet ouvrage, que sûrement un catholique ne peut avoir fait, serolt-il à propos que je donnasse une petite réponse en une page , cum aliquo grano salis ? Si cela n'est pas absolument nécessaire , j'y renonce , haïssant à la mort de faire encore parler de moi. Il faudroit que je susse aussi si cela a quelque relation avec la Sorbonne. Je suis ici dans l'ignorance de tout , et cette ignorance me plaît assez. Tout ceci entre nous, et sans qu'il paroisse que je vous en aie écrit. Mon principe a été de ne point me remettre sur les rangs avec des gens méprisables. Gomme je me suis bien trouvé d'avoir fait ce que vous voulûtes quand vous me poussâtes l'épée dans les reins, à composer ma Défense, je n'entreprendrai rien qu'en conséquence de votre réponse. Huart veut faire une nouvelle édition des Lettres persanes; mais il y a quelques juvenilia que je voudrois auparavant retoucher, quoiqu'il faut qu'un Turc voie, pense et parle en Turc , et non en chrétien : c'est à quoi bien des gens ne font point attention en lisant les Lettres persanes.
Je vois que le pauvre Clément V retombera dans l'oubli , et que vous allez quitter les affaires de Philippe le Bel pour celles de ce siècle-ci. L'histoire de mon pays y perdra , aussi bien que la république des lettres ; mais le monde politique y gagnera. Ne manquez pas de m'écrire de Vienne , et n'oubliez point de me ménager la con- . tinuation de l'amitié de monsieur votre frère : c'est un des militaires que je regarde comme destinés à faire les plus grandes choses. Adieu, mon cher ami, je vous embrasse de tout mon cœur.