LXXVII. — An MÊMB, À Vérone
De la Brède, ce 28 septembre 1763.
Mon cher ami , vos titres se multiplient tellement que je ne puis plus les retenir; voyons.... comte de Clavières, chanoine de Tournay , chevalier d'une croix impériale , membre de l'Académie des inscriptions, de celles de Londres, de Berlin, et de tant d'autres, jusqu'à celle de Bordeaux : vous méritez bien tous ces honneurs , et bien d'autres encore.
Je suis bien aise que vous ayez eu du succès dans la négociation pour votre chapitre. Il est heureux de vous avoir, et fait bien de vous députer à la cour pour ses affaires , plutôt que de vous retenir pour chanter et pour boire ; car je suis sûr que vous négociez aussi bien que vous chantez mal et buvez peu. Je suis fâché que l'affaire qui vous regardoit personnellement ait manqué. VoUs n'êtes pas le seul qui y perdiez ; et il vous reste votre liberté , qui n*est pas une petite chose : mais l'étiquette ne dédommagera pas de l'avantage dont on s'est privé ; quoique je soupçonne qu'il pourroit bien y avoir d'autres raisons que l'étiquette , que l'exemple des autres cours auroit pu faire abandonner. Quand certaines gens ont pris racine, ils savent bien trouver des moyens pour écarter les hommes éclairés : d'ailleurs, vous n'êtes point un bel esprit du pays de Liège ou de Luxembourg. Je me réserve là-dessus mes pensées.
Votre lettre m'a été rendue à la Brède , où je suis. Je me promène du matin au soir en véritable campagnard , et je fais ici de fort belles choses au dehors.
Vous voilà donc parti pour la belle Italie. Je suppose que la galerie de Florence vous arrêtera longtemps. Indépendamment de cela, de mon temps, cette ville étoit un séjour charmant; et ce qui fut pour moi un objet des plus agréables fut de voir le premier ministre du grand-duc sur une petite chaise de bois , en casaquin et chapeau de paille, devant sa porte. « Heureux pays, m'écriai-je , où le premier
idimstre yit dan» ttne ai grafide simplieité et daoé un flareil déâoèu- ▼remdtttt Votis Terrez Mme la marquise Ferroni et l'abbé Niccolini : parlez -leur de moi. Embrassez bien de ma patt Mgr Gèràti, à Pise; et pour Turin, vous connoissez mon coeur, notre grand prieur, MM. le marquis de Breil et de Saint-Germaiu. Si l'occasion se présente, vous ferez ma cour à son altesse sérénissime. Si vous écrirez à M. le comte de Cobentzei ^ à Bruxelles , Je vous prie de le remercier pour moi , et marquez-lui combien je o^e senu honoré par le jugement qu'il f>orte sur ce qui me regarde. Quand il y aura des ministres comme lui , on pourra espérer que le goût des lettres se ranimera dans les Etats autrichiens; et alors tous n'entendrez plus de ces propositions erronées et malsonnantes qui tous ont scandalisé.
Je crois bien que je serai à Paris daûà lé temps que tous y Tiendrez. J'écrirai à Mme la duchesse d'Aiguillon combien tous êtes sensible à son oubli; mais, mon cher abbé, les dames ne se sou- Tienneni pas de tous les cheTaliers : il faut qu'ils soient paladins. Au reste , je Toudrois bien tous tenir huit jours à la Brède , à votre retour de Rome ; nous parlerions de la bette Italie et de la forte Allemagne.
Voilà donc Voltaire qui pàroît ne savoir où reposer sa tète* : Vt iodem tellm, quse modo viciori dêfuetat, de^sget ad sepuUuram* Le bon esprit Tant mieux que le bel esprit.
A l'égard de M. le due de NiTernois, ayez la bonté de lui faire ma cour quand tous le Terrez à Rome , et je ne crois pas que tous ayez besoin d'une lettre particulière pour lui. Vous êtes son confrère à l'Académie , et il tous cocnott ; cependant , si vous croyez que cela soit nécessaire , mandez-le-moi. Adieu.
LXXVin. — Au CHEVALIER D'AYDIES.
La Brède, ce 8 novembre 4753.
Je bus hier, mon cher chevalier, trois verres de vin à la confusion du père de Palène : c'est une santé angloise. Le pauvre homme auroit bien mieux aimé que vous lui eussiez donné une douzaine de coups de bâton que de signer une transaction qui met le couvent si fort à l'étroit; mais vous n'avez pas suivi son goût. Le père de Palène est le diable de l'abbé de Grécourt , à qui l'on donne une flaquée d'eau bénite. Mon cher chevalier, je vous aime, je vous honore, et vous embrasse.
4 . Voltaire venolt de quitter Berlin, et d'être arrêté à Francfort par les igens du roi de Prusse.
LETThES. S39