‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 219 sur 244 · LXXIX -^ A Dalbmbbrt · texte numérisé non relu

LXXIX -^ A Dalbmbbrt

De Bordeanx, le 10 novembre 4753.

Vous prenez le bon parti ; en fait (l*huitre , on ne peut faire mieux. Dites, je vous prie, à Mme du Deffand, que si je continue à écrire sur la philosophie , elle sera ma marquise. Vous avez beau vous défendre de l'Académie , nous avons des matérialistes aussi : témoin Tabbé d'Olivet , qui pèse au centre et à la circonférence ; au lieu que vous ^ vous ne pesez point du totit. Vous m'avez donné de grands plaisirs. J'ai lu et relu votre discours préliminaire : c'est une chose forte , c'est une chose charmante , c'est une chose précise , plus de pensées que de mots, du sentiment comme des pensées, et je ne finirois point.

Quant à mon introduction dans V Encyclopédie^ c'est un beau palais où je serois bien glorieux de mettre les pieds ; mais pour les deux articles Démocratie et Despotisme , je ne voudrois pas prendre ceux-là; j'ai tiré, sur ces articles, de mon cerveau tout ce qui y étoit. l'esprit que j'ai est un moule , on n'en tire jamais que les mêmes portraits : ainsi je ne vous dirois que ce que j ai dit , et peutêtre plus mal que je ne l'ai dit. Ainsi , si vous voulez de moi , laissez à mon esprit le choix de quelques articles *, et si vous voulez ce choix, ce sera chez Mme du DefTand avec du marasquin. Le père Castel dit qu'il ne peut pas se corriger , parce qu'en corrigeant son ouvrage, il en fait un autre; et moi je ne puis pas me corriger, parce que je chante toujours la môme chose. Il me vient dans l'esprit que je pourrois prendre peut-être l'article Goût, et je prouverai bien que difficile est proprie communia dicereK

Adieu , monsieur; agréez , je vous prie, les sentimens de la plus tendre amitié.

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