‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 26 sur 244 · Liv. I, chap. xLin · texte numérisé non relu

Liv. I, chap. xLin

6* Liv. IV, art, 46 et suiv. .

CHAPITaE VIII. jft

rent naturellement dans les tribus de la campagne ; et celles de la Tille reçurent le bas peuple', qui, y étant enfermé, influoit trèspeu dans les affaires; et cela étoit regardé comme le salut de la république. Et quand Fabius remit dans les quatre tribus de U yille le menu peuple qu'Appius Claudius avoit répandu dans toutes, il en acquit le surnom de très-grand «. Les censeurs jetoient les yeux tous les cinq ans sur la situation actuelle de la république, et distribuoient de manière le peuple dans ses diverses tribus, que les tribuns et les ambitieux ne pussent pas se rendre maîtres des suffrages , et que le peuple même ne pût pas abuser de son pouvoir.

Le gouvernement de Rome fut admirable en ce que depuis sa naissance sa constitution se trouva telle, soit par l'esprit du peuple, la force du sénat, ou Tautorité de certains magistrats, qu« tout abus du pouvoir y put toujours être corrigé.

Carthage périt, parce que, lorsqu'il fallut retrancher les abus, elle ne put souffrir la main de son Annibal même. Athènes tomba parce que ses erreurs lui parurent si douces qu'elle ne voulut pas en guérir. Kt parmi nous les républiques d'Italie , qui se vantent de la perpétuité de leur gouvernement, ne doivent se vanter que de la perpétuité de leurs abus : aussi n'ont-elles pas plus de liberté que Rome n'en eut du temps des décemvlrs^

Le gouvemenient d'Angleterre est plus sage , parce qu'il y a un corps qui l'examine continuellement, et qui s'examine continuellement lui-même ; et telles sont ses erreurs qu'elles ne sont jamais longues, et que, par l'esprit d'attention qu'elles donnent à la nation, elles sont souvent utiles.

En un mot , un gouvernement libre , c'est-à-dire toujours agité , ne sauroit se maintenir s'il n'est par ses propres lois capable de correction,

Ghap. IX. — Veiix causes de la perte de Bûvm,

Lorsque la domination de Rome étoit bornée dans l'Italie, la république pouvoit facilement subsister. Tout soldât étoit égaler ment citoyen; chaque coqsuI levoit une armée; et d'autres cir toyens aUoient à. la guerre sous celui qui succédoit. Le nombre de troupes n'étant pas excessif, on avoit attention à ne recevoir dans la milice que des gens qui eussent assez de bien pour avoir intér^^ ii la conservation de la ville K Enfin le sénat voyoit de près la con-

U Appelé « tnrba foi-ensis. » — 2, Voy. Tite Lire, liv. IX, chap.xLvx.

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