‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 27 sur 244 · Ni même plus de puissance · texte numérisé non relu

Ni même plus de puissance

4. Les affhinchis et ceux qu'on appeloit « capite censi,^» parce que, tyant Irès-peu de bien, ils n'étoient taxés que pour leur tête, ne furent jMint d'abord enrôlés dans la milice de terre, excepté dans les cas preslaas. Servius Talllus les avoit mis dans la sixième classe , et on pe

duite des généraux, et leur Atoit la pensée de rien faire contre leur devoir.

Mais lorsque les légions passèrent les Alpes et la mer , les gens de guerre, qu'on étoit obligé de laisser pendant plusieurs campagnes dans les pays que Ton soumettoit , perdirent peu à peu Tesprit de citoyens ; et les généraux , qui disposèrent des armées et des royaumes, sentirent leur force, et ne purent plus obéir.

Les soldats recommencèrent donc à ne reconnoître que leur général, à fonder sur lui toutes leurs espérances, et à voir de plus loin la ville. Ce ne furent plus les soldats de la république, mais de Sylla, de Marins, de Pompée, de César. Rome ne put plus savoir si celui qui étoit à la tète d'une armée dans une province étoit son général ou son ennemi.

Tandis que le peuple de Rome ne fut corrompu que par ses tribuns, à qui il ne pouvoit accorder que sa puissance même, le sénat put aisément se défendre , parce qu'il agissoit constamment , au lieu que la populace passoit sans cesse de l'extrémité de la fougue à l'extrémité de la foiblesse. Mais quand le peuple put donner à ses favoris une formidable autorité au dehors, toute la sagesse du sénat devint inutile , et la république fut perdue.

Ce qui fait que les Ëtats libres durent moins que les autres , c'est que les malheurs et les succès qui leur arrivent leur font presque toujours perdre la liberté; au lieu que les succès et les malheurs d'un Ëtat où le peuple est soumis confirment également sa servitude. Une république sage ne doit rien hasarder qui l'expose à la bonne ou à la mauvaise fortune : le seul bien auquel elle doit aspirer, c'est à la perpétuité de son Ëtat.

Si la grandeur de l'empire perdit la république , la grandeur de la ville ne la perdit pas moins.

Rome avoit soumis tout l'univers avec le secours des peuples d'Italie , auxquels elle avoit donné en différens temps divers privilèges*. La plupart ~de ces peuples ne s'étoient pas d'abord fort souciés du droit de bourgeoisie chez les Romains; et quelques-uns aimèrent mieux garder leurs usages '• Mais lorsque ce droit fut celui de la souveraineté universelle, qu'on ne fut rien dans le

prenoit des soldats que dans les cinq premières. Mais Marius , parlant conire Jugurtha, enrôla indifléremment tout le monde, c Milites scribere, « dit Salluste, non more majonmij neqiie classibas, s^ nii cujusque « libido erat« capite censos plerosqae. » {De hello Jugurth.^ chap. uczxyi.) Aemar^ues que, dans la division par tribus, ceux qui éloient dans les quatre tribus de la ville étolent à peu près les mêmes que ceux qui, dans la division par cenlories, éloient dans la sixième classe*

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