‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 29 sur 244 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

le pouvoir des rois, dans Taristocratie , ou dans l'État populaire, elle n'a jamais cessé de faire des entreprises qui demandoient de la conduite, et y a réussi. Elle ne s'est pas trouvée plus sage que tous les autres États de la terre en un jour, mais continuellement; elle a soutenu une petite, une médiocre, une grande fortune, avec la même supériorité , et n'a point eu de prospérités dont elle n'ait profité , ni de malheur dont elle ne se soit servie. Elle perdit sa liberté parce qu'elle acheva trop tôt son ouvrage,

Chap. X. — De la corrwption des Romains,

Je crois que la secte d'Épîcure , qui s'introduisit à Rome sur la fin de la république , contribua beaucoup à gâter le cœur et l'esprit des Romains *. Les Grecs en avoient été infotués avant eux : aussi avûient-ils été plus tôt corrompus. Polybe nous dit que de son temps les aermens ne pouvoient donner de la confiance pour un Grec, au lieu qu'un Romain en étoit pour ainsi dire enchaîné'.

Il 7 a un fait, dans les lettres de Gicéron à Âtticus^, qui nous montre combien les Romains avoient changé à cet égard depuis le temps de Polybe.

«Hemmius, dit-il, vient de communiquer au sénat l'accord que son compétiteur et lui avoient fait avec les consuls , par lequel ceux-ci s'étoient engagés de les favoriser dans la poursuite du consulat pour l'année suivante; et eux, de leur côté, s'obligeoient de payer aux consuls quatre cent mille sesterces , s'ils ne leur îonmissoient trois augures qui déclareroient qu'ils étoient présens lorsque le peuple avoit fait la loi euriate* , quoiqu'il n'en eût point bit, et deuip consulaires qui afftrmeroient qu'ils avoient assisté à la signature du sénatus-consulte qui régloit l'état de leurs provinces, quoi qu'il n'y en eût point eu. » Que de malhonnêtes gens .dans un seul contoat 1

Outre que la religion est tpuJQurs le meilleur garant que Ton

I. Cynéas en ayant discouru à la table de Pyrrhus, Fabricius souhaita qne les ennemis de Rome passent tous prendre les principes d'une pareille secte. (Plularque, Fie de Pyrrhus.)

^ 8. « Si vous prêtez aux Grecs un talent, avec dix promesses, dix causons , autant de témoins, il est impossible qu'ils gardent leur foi ; mais , parmi les Romains, soit qu'on doive rendre compte des deniers publics ou de ceux des particuliers , on est fidèle à cause du serment que l'on a lait. On a donc sagement établi la crainte des enfers; et c'est sans raison qu'on la combat aujourd'hui. » (Polybe, liv. YI, chap. x.vi,)

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