‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 30 sur 244 · Llv. IV, lett. xvm · texte numérisé non relu

Llv. IV, lett. xvm

4. La loi euriate donnoit la puissance militaire, et le sènatus^eonsuUe régloit les troupes, l'argent, lés officiers, que devoit avoir le gouverneur : or, les consuls, pour que tout cela fllt fait à leur fantaisie, vouloient fe* briquer une finisse loi et un ftiux sénatust-corunlte.

puisse avoir des mœurs des hommes, il y ayoit ceci de particulier chez les Romains, qu'ils mâloient quelque sentiment religieux k l'amour qu'ils avoient pour leur patrie. Cette ville, fondée sous les meilleurs auspices, ce Romulus, leur roi et leur dieu, ce Capitole, étemel comme la ville, et la ville, éternelle comme son fondateur , avoient fait autrefois sur l'esprit des Romains une impression qu'il eût été à. souhaiter qu'ils eussent conservée.

La grandeur de l'Ëtat fit la grandeur des fortunes particulières. Mais comme l'opulence est dans les mœurs , et non pas dans les richesses, celles des Romains, qui ne laissoient pas d'avoir des bornes , produisirent un luxe et des profusions qui n'en avoient point I. Ceux qui avoient d'abord été corrompus par leurs richesses le furent ensuite par leur pauvreté. Avec des biens au-dessus d'une condition privée, il fut difficile d*être un bon citoyen; avec les désirs et les regrets d'une grande fortune ruinée , on fut prêt à tous les attentats; et, comme dit Salluste', on vit une génération de gens qui ne pouvoient avoir de patrimoine, ni souffrir que ' d'autres en eussent.

Cependant , quelle que fût la corruption de Rome , tous les malheurs ne s'y étoient pas introduits; car la force de son institution avoit été telle qu'elle avoit conservé une valeur héroïque, et toute son application à la guerre , au milieu des richesses , de la mol- ;.esse et de la volupté; ce qui n'est, je crois, arrivé à aucune nation du monde.

Les citoyens romains regardoient le commerce * et les arts comme des occupations d'esclaves* : ils ne les exerçoient point. S'il y eut quelques exceptions , ce ne fut que de la part de quelques affranchis qui continuoient leur première industrie ; mais en général ils ne connoissoient que l'art de la guerre, qui étoit la seule voie pour aUer aux magistratures et aux honneurs *, Ainsi les vertus guerrières restèrent après qu'on eut perdu toutes les autres.

4. La maison que Gomélle avoit achetée soixante et quinze mille drachmes, Lucollus l'acheta, peu de temps après, deux millions cinq cent mille. (Platarque, Fié de Marius,)

2. « Ut merito dicatur genilos esse, qui nec ipsi habere possent res fin « miliares, née alios pati. » (Fragment de V Histoire de SallusU , tiré du livre De la cité de Dieu^ liv. II, chap. xvux.)

3. Romulus ne permit que deux sortes d'exercices aux gens libres, Fagricullure et la guerre. Les marchands, les ouvriers, ceux qui tenoient une maison à louage, les cabareliers , n'étoient pas du nombre des citoyens. (Denys d'Halicamasse, liv. U, idem, liv. IX.)

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