‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 46 sur 244 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

fflés i maoger beaucoup dans leur pays , y périssoient presque

tous.

Ainsi , ce qu'aucune nation n'aroit pas encore fait , d'éviter le joug des Romains , celle des Parthes le fit , non pas comme inyincible, mais eomme inaccessible.

Adrien abandonna les conquêtes de Trajan * , et borna l'empire i l'Esphrate ; et il est admirable qu'après tant de guerres , les Romains n'eussent perdu que ce qu'ils avoient voulu quitter , comme la mer, qui n'est moins étendue que lorsqu'elle se retire d'ellemême.

La conduite d'Adrien causa beaucoup de murmures. On lisoit dans les livres sacrés des Romains que , lorsque Tarquin voulut bâtir le Capitole , il trouva que la place la plus convenable étoit occupée par les statues de beaucoup d'autres divinités: il s'enquit, par la science qu'il avoit dans les augures, si elles voudroient céder leur place à Jupiter : toutes y consentirent, à la réserve de Hars, de la Jeunesse, et du dieu Terme'. Là-dessus s'établirent trois opinions religieuses : que le peuple de Mars ne céderoit à personne le lieu qu'il occupoit ; que la jeunesse romaine ne seroit point surmontée ; et qu'enfin le dieu Terme des Romains ne recuïeroit jamais : ce qui arriva pourtant sous Adrien.

Chàp. XVI. — De Vétut de Vempire depuis Àntonin jusqu'à

Probus,

Dans ces temps-là, la secte des stoïciens s'étendoit et s'aocréditoit dans l'empire. Il sembloit que la nature humaine eût fait un effort pour produire d'elle-même cette secte admirable, qui étoit coHune ces plantes que la terre fait naître dans des lieux que le ciel n'a jamais vus.

Les Romains lui durent leurs meilleurs empereurs. Rien n'est capable de faire oublier le premier Antonin , que Marc Aurèle qu'il adopta. On sent en soi-même un plaisir secret lorsqu'on parle de cet empereur; on ne peut lire sa vie sans une espèce d'attendrissement : tel est l'effet qu'elle produit , qu'on a meilleure opinion de soi-même, parce qu'on a meilleure opinion des hommes.

La sagesse de Nerva, la gloire de Trajan, la valeur d'Adrien, la vertu des deux Antonins, se firent respecter des soldats. Mais, lorsque de nouveaux monstres prirent leur place, l'abus du gouvernement militaire parut dans tout son excès; et les soldats qui avoient vendu l'empire assassinèrent les empereurs pour en avoir ^ nouveau prix.

< . Voy. Eatrope, liv. VIII. La Dacie ne ftit abandonnée que sous Anrélien. 3'Seint Augustin, Z>« la CitédeDieu^ liv. IV, chap. xxm et xxxx.

On dit qu'il y a un prince dans le monde qui travaille depuis quinze ans à abolir dans ses Ëtats le gouvernement civil pour y établir le gouvernement militaire. Je ne veux point faire des réflexions odieuses sur ce dessein : je dirai seulement que, par la nature des choses, deux cents gardes peuvent mettre la rie d*un prince en sûreté, et non pas quatre-vingt mille; outre qu'il est plus dangereux d'opprimer un peuple armé qu'un autre qui ne l'est pas.

Commode succéda à Marc Âurèle son père. G'étoît un monstre qui suivoit toutes ses passions, et toutes celles de ses ministres et de ses courtisans. Ceux qui en délivrèrent le monde mirent en sa place Pertinax, vénérable vieillard, que les soldats prétoriens massacrèrent d'abord.

Ils mirent l'empire à l'enchère, et Didius Julien l'emporta par ses promesses : cela souleva tout le monde; car, quoique l'empire eût été souvent acheté , il n'avoit pas encore été marchandé. Pescennius Niger, Sévère, et Albin, furent salués empereurs; et Julien, n'ayant pu payer les sommes immenses qu'il avoit promises, fut abandonné par ses soldats.

Sévère défit Niger et Albin : il avoit de grandes qualités ; mais la douceur, cette première vertu des princes, lui manquoit.

La puissance des empereurs pouvoit plus aisément paroître tyrannique que celle des princes de nos jours. Comme leur dignité étoit un assemblage de toutes les magistratures romaines; que, dictateurs sous le nom d'empereurs , tribuns du peuple , proconsuls, censeurs, grands pontifes, et, quand ils vouloient, consuls, ils exerçoient souvent la justice distributive , ils pou voient aisément faire soupçonner que ceux qu'ils avoient condamnés, ils les avoient opprimés, le peuple jugeant ordinairement de l'abus de la puissance par la grandeur de la puissance; au lieu que les rois d'Europe , législateurs , et non pas exécuteurs de la loi , princes, 'et non pas juges, se sont déchargés de cette partie de l'autorité qui peut être odieuse; et, faisant eux-mêmes les grâces, ont commis à des magistrats particuliers la distribution des peines.

Il n*y a guère eu d'empereurs plus jaloux de leur autorité que Tibère et Sévère : cependant ils se laissèrent gouverner, l'un par Séjan, l'autre par Plautien, d'une manière misérable.

La malheureuse coutume de proscrire, introduite par Sylla, continua sous les empereurs ; et il falloit même qu'un prince eût quelque vertu pour ne la pas suivre ; car , comme ses ministres et ses favoris jetoient d'abord les yeux sur tant de confiscations, ils ne lui parloient que de la nécessité de punir, et des périls de la clémence.

Les proscriptions de Sévère firent que plusieurs soldat» de Ni-

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