CHAPITRE XVI
Elle fîit donc d'environ six onces de cuivre dans U pseiçière guArre punique*, de cinq onces dans la seconde', de dix sous César, et de treize et un tiers sous Pomitien *. Je ferai ici quelques réilexions.
U paye que la république donnoit aisément lorsqu'elle n'svoit qu'un petit Ëtat, que chaque année elle faisoit une guerre, at que chaque année elle recevoit des dépouilles, elle ne put la donner sans s'endetter dans la première guerre punique , qu'elle étendit ses bras hors de lllalie, qu'ella eut i soutenir une gueire longue, et à entretenir de grandes armées.
Dans la seconde guerre punique, la paye fut réduite i cinq onces de cuivre; et cette diminution put se faire sans danger dans un temps où la plupart des citoyens rougirent d'accepter la solde même, et voulurent servir à leurs dépens.
1^ trésors de Persée, et ceux de tant d'autrea rois que l'on porta continuellement à Rome, y firent cesser les tributs ^ Dans l'opulence publique et particulière , on eut la sagesse de ne point augmenter la paye de cinq onces de cuivre.
Quoique sur cette paye on fît une déduction pour le blé , les ha- % et les armes, elle fut suffisante, parce qu'on n'enrôloit que les citoyens qui avoîent un patrimoine.
Harius ayant enrôlé des gens qui n'avoient rien, et son exemple iyant été suivi, César fut obligé d'augmenter la paye.
Cette augmentation ayant été continuée après la mort de César » on fut contraint » sous le consulat de Hirtiua et de Pansa, de rétablir les tributs.-
1^ foihlesse de Domitien lui ayant fait augmenter cette paye d'un quart, il fit une grande plaie à l'Ëtat, dont le malheur n'est P^s que le luxe y règne, mais qu'il règne dans des conditions qui, 1^ la nature des choses, ne doivent avoir que le nécessaire physique. Enfin, Caracalla ayant fait une nouvelle augmentation, l'empire fut nais dans cet Ëtat que, ne pouvant subsister sans les ^l<lats, il ne pouvoit subaiater avec eux.
4. Un soldai, ^aiis Plante, in MoiUlkuia^ dit qa'ette étoât de Iroii as : <^cqoi ne peut être entendu que des as de dix onces. Mais si la paye ètoit exactement de six as dans la première guerre punique, ti)« 9e- diminua pu dans la seconde d'un cinquième^ mais d'un sixième ; e^ on pégligea la
fraction.
, ^- Polybe, qui Tévalne en monnole grecque, ne diffère que d'une fTao-
uon.
3. Yoj. oroze et Suétone, in Domit, Us disent la même chose sons dittiieoies expressions* J'ai fait ces réductions en onces de cuivre , afin que pour m'entendre on n'eût pas besoin de la connoispance des mon- Qoies romaines.
*• Cicéron. Des offices ^ liv.II.
Caracalla , pour diminuer ThorreuT du meurtre de son frère , le mit au rang des dieux; et ce qu'il y a de singulier, c'est que cela lui fut exactement rendu par Macrin, qui, après l'ayoir fait poignarder, voulant apaiser les soldats prétoriens, désespérés de la mort de ce prince qui leur avoit tant donné , lui fit bâtir un temple , et y établit des prêtres flamines en son bonneur.
Cela fit que sa mémoire ne fut pas flétrie , et que le sénat n'osant pas le juger, il ne fut pas mis au rang des tyrans, comme Commode , qui ne le méritoit pas plus que lui'.
De deux grands empereurs, Adrien et Sévère*, Tun établît la discipline militaire, et l'autre la relâcha. Les effets répondirent très-bien aux causes. Les règnes qui suivirent celui d'Adrien furent heureux et tranquilles ; après Sévère , on vit régner toutes les horreurs.
Les profusions de Caracalla envers les soldats avoient été immenses; et il avoit très-bien suivi le conseil que son père lui avoit donné en mourant, d'enrichir les gens de guerre, et de ne s'embarrasser pas des autres.
Mais cette politique n'étoit guère bonne que pour un règne ; car le successeur, ne pouvant plus faire les mômes dépenses, étoit d'abord massacré par l'armée : de .façon qu'on voyoit toujours les empereurs sages mis à mort par les soldats, et les méchans, par des conspirations, ou des arrêts du sénat.
Quand un tyran qui se livroit aux gens de guerre avoit laissé les citoyens exposés â leurs violences et à leurs rapines, cela ne pouvoit non plus durer qu'un règne; car les soldats, t force de détruire, alloient jusqu'à s*ôter à eux-mêmes leur solde. Il falloit donc songer à rétablir la discipline militaire , entreprise qui coûtoit toujours la vie à celui qui osoit la tenter.
Quand Caracalla eut été tué par les embûches de Macrin, les soldats, désespérés d'avoir perdu un prince qui donnoit sans mesure, élurent Héliogabale»; et quand ce dernier, qui, n'étant occupé que de ses sales voluptés, les laissoit vivre à leur fantaisie, ne put plus être souffert, ils le massacrèrent. Ils tuèrent de même Alexandre, qui vouloit rétablir la discipline, et parloit de les punira
Ainsi, un tyran qui ne s'assuroît point la vie, mais le pouvoir de faire des crimes, périssoit avec ce funeste avantage que celui qui voudroit faire mieux périroit après lui