CHAPITRE XVII. 8i
en Orient, Rome presque entière y passa, les grands y menèrent lears esclayes , c'est-^-dire presque tout le peuple ; et l'Italie fut privée de ses habitans.
Pour que la nouvelle ville ne cédât en rien à l'ancienne, Constantin voulut qu'on y. distribuât aussi du blé, et ordonna que celai d*£gypte seroit envoyé à Gonstantinople, et celui de l'Alrique à Rome : ce qui, ce me semble, n'étoit pas fort sensé.
Dans le temps de la république , le peuple romain , souverain de tous les autres , devoit naturellement avoir part aux tributs : cela fît que le sénat lui vendit d'abord du blé à bas prix , et ensuite le lui donna pour rien. Lorsque le gouvernement fut devenu monarchique, cela subsista contre les principes de la monarchie : on laissoit cet abus à cause des inconvéniens qu'il y auroit eu à le changer. Mais Constantin , fondant une ville nouvelle , l'y établit sans aucune bonne raison.
Lorsque Auguste eut conquis T Egypte , il apporta à Rome le trésor des Ptolomées : cela y fit à peu près la même révolution que la découverte des Indes a faite depuis en Europe, et que de certains systèmes ont faite de nos jours. Les fonds doublèrent de prix à ^ome**, et, comme Rome continua d'attirer à elle les richesses d'Alexandrie, qui recevoit elle-même celles de l'Afrique et de l'Orient, l'or et l'argent devinrent très-communs en Europe; ce qui mit les peuples en état de payer des impôts très-considérables en espèces.
Hais lorsque l'empire eut été divisé, ces richesses allèrent à Gonstantinople. On sait d'ailleurs que les mines d'Angleterre n'étoient point encore ouvertes * ; qu'il y en avoit très-peu en Italie et <^s les Gaules'; que, depuis les Carthaginois, les mines d'Espace n'étoient guère plus travaillées, ou du moins n'étoient plus si riches ^ L'Italie, qui n' avoit plus que des jardins abandonnés, ne pc^iivoit, par aucun moyen, attirer l'argent de l'Orient, pendant que l'Occident , pour avoir de ses marchandises , y envoyoit le sien. L'or et l'argent devinrent donc extrêmement rares en Europe ; mais les empereurs y voulurent exiger les mêmes tributs : ce qui perdit tout.
(• Suétone, in Augutto; Oroze, liv. IV. Rome avoit en souvent de ces rérolotioui. J*ai dit que les trésors de Macédoine qu'on y apporta avolent (Ut cesser tons les tributs. (Cicéron, des Offices^ liv. II.)
S. Tacite, De moribus Germanorum, le dit formellement. On sait d'ail- ^eonipen près Tépoque de Pouverture de la plupart des mines d'Aile iiafne. Voy. Thomas Sesréibérus, sur Torigine des mines du Hartz. On f^it celles de Saxe moins anciennes.