‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 68 sur 244 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

LctRomaias, sartout sous Justinien, tirèrent de grands senrioes det fluBs, peuples dont étoient sortis les Parthes, et qui ftombattdent comme eux. Depuis qu'ils eurent perdu leur puissance par la dé£ûte d'Attila et les divisions que le grand nombre de ses enfuM fit naître, ils servirent les Romains en qualité d'auxiliaires, et ils formèrent leur meilleure cavalerie.

Tentes ces nations barbares se distinguoieat chacune par leur manière particulière de combattre et de s'armer *. Les Gotbs et les Vandales étoient redoutables l'épée à la main; les Huns étoient des archers admirables ; les Suèves , de bons hommes d'infanterie ; les Alains étoient pesamment armés; et les Hérules étoient une troupa légère. Les Romains prenoient dans toutes ces nations les divers corps de troupes qui convenoient à leurs desseins , et combattoient contre une seule avec les avantages de toutes les autres.

11 est singulier que les nations les plus foibles aient été celles qui firent de plus grands établissemens. On se tromperoit beaucoup, si Ton jugeoit de leurs forces par leurs conquêtes. Dans cette longue suite d'incursions, les peuples barbares, ou plutôt les essaims sortis d'eux, détruisoient ou étoient détruits : tout dépendoit des circonstances*, et, pendant qu'une grande nation étoit combattue ou arrêtée , une troupe d'aventuriers qui trouvoient un pays ouvert y faisoient des ravages effroyables. Les Goths , que le désavantage de leurs armes fit fuir dçvant tant de nations , s'établirent en Italie , en Gaule et en Espagne; les Vandales, quittant l'Espagne par foiblesse, passèrent en Afrique, où ils fondèrent un grand empire.

Justinien ne put équiper contre les Vandales que cinquante vaisseaux; et, quand Bélisaire débarqua, il n'avoit que cinq mille soldats ^ C'étoit une entreprise bien hardie; et Léon, qui avoit antrefois envoyé contre eux une flotte composée de tous les vaisseaux de l'Orient, sur laquelle il avoit cent mille hommes, n'avoit pu conquis l'Afrique, et avoit pensé perdre l'empire.

Ces grandes flottes, non plus que les grandes armées de terre, n'ont guère jamais réussi. Gomme elles épuisent un État, si l'expédition est longue ou que quelque malheur leur arrive, elles ne Plurent être secourues ni réparées ; si une partie se perd , ce qui leste n'est rien, parce que les vaisseaux de guerre, ceux de trans- P<>t, la cavalerie, l'infuiterie, les munitions, enfin les diverses Parties, dépendent du tout ensemble. La lenteur de l'entreprise fait ^'on trouve toujours des ennemis préparés; outre qu'il est rare ^6 l'expédition se fasse jamais dans une saison commode, on

*. Un passage remarquable de Jomandës nous donne toutes ces différences : c'est à l'occasion de la bataille que les Gépides donnèrent aux eolaos d'Ailila.

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