Procope, Guerre des Goths, liv. II
Sft GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.
éloges magnifiques qu'il a faits ^e ce prince dans ses autres ouvrages ailbibUssent son témoignage dans celui-ci , où il nous le dépeint comme le plus stupide et le plus cruel des tyrans.
Maïs j*aToue que deux choses font que je suis pour Thistoire secrète : la première, c'est qu'elle est mieux Hée avec Tétonnante foiblesse où se trouva cet empire à la fin de ce. règne et dans les sttivan/i.
L'autre est un monument qui existe encore parmi nous : ce sont les lois de cet empereur, où Ton voit dans le cours de quelques années la jurisprudence varier davantage qu'elle n*a fait dans les trois cents dernières années de notre monarchie.
Ces variations sont la plupart sur des choses de si petite importance * qu'on ne voit aucune raison qui eût dû porter un législateur à les faire , à moins qu'on n'explique ceci par l'histoire secrète , et qu*on ne dise que ce prince vendoit également ses jugemens et ses lois.
. Mais ce qui fit le plus de tort à l'état politique du gouvernement fût le projet qu'il conçut de réduire tous les hommes à une même opinion sur les matières de religion, dans des circonstances qui rendoient son zèle entièrement indiscret.
Comme les anciens Romains fortifièrent leur empire en y laissant toute sorte de culte , dans la suite on le réduisit À rien, en coupant iSme après l'autre les sectes qui ne dominoient pas.
Ces sectes étoient des nations entières. Les unes, après qu'elles avoient été conquises par les Romains, avoient conservé leur ancienne religion : comme les samaritains et les juifs. Les autres s'é^ toient répandues dans un pays : comme les* sectateurs de Montan dans la Phrygie; les manichîèens, les sabatiens, les ariens, dans d'autres provinces; outre qu'une grande partie des gens de la campagne étoient encore idolâtres et entêtés d'une religion grossière comme eux-mêmes.
Justinien , qui détruisit ces sectes par l'épée ou par ses lois , et qui, les obligeant & se révolter, s'obligea à les exterminer, rendit incultes plusieurs provinces. Il crut avoir augmenté le noml>re 'de$ fidèles : il n'avoît foit que diminuer celui des hommes.
Procope nous apprend que par la destruction des samaritains la Palestine devint déserte, et ce qui rend ce fait singulier, c'est qu'où afibiblit l'empire, par zèle pour la religion, du cêté par où, quelques règnes après , les Arabes pénétrèrent pour la détruire.
, Ce qu'il y avoit de désespérant , c'est que , pendant que l'empereur portoit si loin l'intolérance, il ne convenoit pas lui-même avec l'impératrice sur les points les plus essentiels : il suivoit le concile de Ghalcédoine; et l'impAratrice favorisoit ceux qui y étoient oppo-