Fragment de Polybe, rapporté par Suidas au mot Maxod^o
iO GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.
Us éludèrent la science des pilotes par l'invention d'une machine que Polybe nous a décrite. Enfin, comme dit Josèphe \ la guerre étoit pour eux une méditation, la paix un exercice.
Si quelque nation tint de la nature ou de son institution quelque avantage particulier, ils en firent d'abord usage : ils n'oublièrent rien pour avoir des chevaux numides, des archers crétois, des frondeurs baléares , des vaisseaux rhodiens.
Enfin jamais nation ne prépara la guerre avec tant de prudence , et ne la fit avec tant d'audace.
Ghap. m. — Comment les Romains purent s'agrandir»
Comme les peuples de l'Europe ont dans ces temps-ci à peu près les mêmes arts, les mêmes armes, la même discipline, et la même manière de faire la guerre, la prodigieuse fortune des Romains nous paroît inconcevable. D'ailleurs il y a aujourd'hui une telle disproportion dans la puissance , qu'il n'est pas possible qu'un petit £tat sorte par ses propres forces de l'abaissement où la Providence l'a mis.
Ceci demande qu'on y réfléchisse , sans quoi nous verrions des événemens sans les comprendre ; et , ne sentant pas bien la différence des situations, nous croirions, en lisant l'histoire ancienne, voir d'autres hommes que nous.
Une expérience continuelle a pu faire connoître en Europe qu^un prince qui a un million de sujets ne peut, sans se détruire luimême , entretenir plus de dix mille hommes de troupes : il n'y a donc que les grandes nations qui aient des armées.
Il n'en étoit pas de même dans les anciennes républiques ; car cette proportion des soldats au reste du peuple, qui est aujourd'hui comme d*un à cent , y pouvoit être aisément comme d'un à huit.
Les fondateurs des anciennes républiques avoient également partagé les terres : cela seul faisoit un peuple puissant, c'est-à-dire une société bien réglée; cela faisoit aussi une bonne armée, chacun ayant un égal intérêt, et très-grand, à défendre sa patrie.
Quand les lois n'étoient plus rigidement observées , les choses ^ revenoient au point où elles sont à présent parmi nous : l'avarice * de quelques particuliers, et la prodigalité des autres, faisoient passer les fonds de terre dans peu de mains , et d'abord les arts s'introduisoient pour les besoins mutuels des riches et des pauvres. Cela faisoit qu'il n'y avoit presque plus de citoyens ni de soldats ; car les fonds de terre , destinés auparavant à l'entretien - de ces derniers, étoient employés à celui des esclaves et des arti-