CHAPITRE XXin. i i
isTeetîTes d*Andronic Comnëne contre nous*, on voit, dans le fond, qne chez une nation étrangère nous ne nous contraignions point, et que nous avions pour lors les défauts qu'on nous reproche aujourd'lmi.
Un comte françois alla se mettre sur le trône de Tempereur ; le comte Baudouin le tira par le bras, et lui dit : « Vous devez savoir qne, quand on*est dans un pays , il en faut suivre les usages. — Vraiment, voilà un beau paysan, répondit-il, de s'asseoir ici, tandis que tant de capitaines sont debout! »
Les Âll^nands , qui passèrent ensuite , et qui étoient les meilleures gens du monde , firent une rude pénitence de nos étourderies, et trouvèrent partout des esprits que nous avions révoltés'.
Enfin la haine fut portée au dernier comble ; et quelques mauvais traitemens faits à des marchands vénitiens , l'ambition , Vavarice , un faux zèle , déterminèrent les François et les Vénitiens à se croiser contre les Grecs.
Ils les trouvèrent aussi peu aguerris que dans ces derniers temps les Tartares trouvèrent les Chinois. Les François se moquoient de leurs habillemens efféminés : ils se promenoient dans les rues de Gonstantinople , revêtus de leurs robes peintes ; ils portoient à la main une écritoire et du papier, par dérision pour cette nation, qui avoit renoncé à la profession des armes'; et, après la guerre, ils refusèrent de recevoir dans leurs troupes quelque Grec que ce fût.
Ils prirent tonte la partie d'Occident , et y élurent empereur le comte de Flandre , dont les Ëtats éloignés ne pouvoient donner aucune jalousie aux Italiens. Les Grecs se maintinrent dans l'Orient, séparés des Turcs par les montagnes , et des Latins par la mer.
Les Latin? , qui n'avoient pas trouvé d'obstacles dans leurs conquêtes, en ayant trouvé une infinité dans leur établissement, les Grecs repassèrent d'Asie en Europe, reprirent Gonstantinople et presque tout l'Occident.
Hais ce nouvel empire ne fut que le fantôme du premier, et n'en eut ni les ressources ni la puissance.
11 ne posséda guère en Asie que les provinces qui sont en deçà du Méandre et du Sangare : la plupart de celles d'Europe furent difisées en de petites souverainetés. «
Déplus, pendant soixante ans que Gonstantinople resta entre les mains des Latins, les vaincus s'étant dispersés, et les conquérans occupés à la guerre , le commerce passa entièrement aux villes dltalie , et Gonstantinople fut privée de ses richesses.
Le commerce même de l'intérieur se fit par les Latins. Les Grecs ,