POLITIQUE DES ROMAINS
dans tacite et dans Suétone les fréquens arrêts que le sénat fîit obligé de rehâfô pour bannir ce cultie de Rome.
Il faut remarquer que les Romains confondirent les Juifs avec les Égyptiens , comme on sait qu'ils confondirent les chrétiens avec les Juifs : ces deux religions furent longtemps regardées comme deux branches de la première, et partagèrent avec elle la haine, le mépris et la persécution des Romains. Les mêmes arrêts qui abolirent à Rome les cérémonies égyptiennes mettent toujours les cérémonies juives avec celles-cî, comme il paroît par Tacite % et par Suétone dans les vies de Tibère et de Claude. Il est encore plus clair que les historiens n*ont jamais distingué le culte des chrétiens d'avec les autres. On tfétoit pas même revenu de cette erreur du temps d'Adrien, comme il paroît par une lettre que cet empereur écrivit d'Egypte au consul Servianus : « Tous ceux* qui en Egypte adorent Sérapis sont chrétiens , et ceux-mêmes qu'on appelle évoques sont attachés au culte de Sérapis. Il n'y a point de Juif , de prince de synagogue , de samaritain , de prêtre des chrétiens , de mathématicien, de devin, de baigneur, qui n'adore Sérapis. Le patriarche même des Juifs adore indifféremment Sérapis et le Christ. Ces gens n'ont d'autre dieu que Sérapis : c'est le dieu des chrétiens, des Juifê, et de tous les peuples. » Peut-on avoir des idées plus confuses de ces trois religions , et les confondre plus grossièrement?
Chez les Égyptiens, les prêtres faisoient un corps à part, qui étoit entretenu aux dépens du public : de là naissoient plusieurs inconvenions , toutes les richesses de l'État se trouvoient englouties dans une société de gens qui, recevant toujours et ne rendant jamais , attiroient insensiblement tout à eux. Les prêtres d'Egypte, ainsi gagés pour ne rien faire, languissoient tous dans une oisiveté dont ils ne snrtoient qu'avec les vices qu'elle produit, ils étoient brouillons, inquiets, entreprenans , et ces qualités les rendoient extrêmemeiiî dangereux. Enfin un corps dont les intérêts avoient été violemment séparés de ceux de l'État, étoit un monstre; et ceux qui l'avoient établi avoient jeté dans la société une semence de discorde et de guerres civiles. Il n'en étoit pas de même à Rome : on y avoit fait de la prêtrise une charge civile ; les dignités d'augure , de grand pon-
^, jinn.yMv. II, chap. Lxxxv.
2. a Illi qui Serapim colunt, christiani sunt ; et devoli sunt Serapi, qui « se Chrisii episcopos dicunt. Nemo lllic archisynagogus Judsonim, « nemo Saroarites , nemo chrislianorum presbyler, non mathemalicus , « non aruspex, non aliptes, qui non Serapim colat. Ipse ille patriarcha « (Judsornm scilicet) , cum £gyptum venerit, ab aliis Serapim adorare, « ab aliis cogitur Christum. Unus illisDeua est Sérapis : hune Jud»i,hunc « chrisliani, hune omnes venerantur et gentes. » ( Flavius Yopisctia , in Fita Saturnini, Yid. Historim Auguttœ scriptoresy in-foUo, KSO, p. 345; et in-8•,^66l, p. 969.)
DANS LA RELIGION. it3
tife, étoient âes magistraturs»; eèux <|tti en étoient rerltaB étoient membres da sénat, et par conséquent n'aroientpàs des intérêts diflftms de cenx da ce corps. Bien loin de sd servir de la superstition pour opprimer la république , ils remployoient utilement à la soutenir. « Dans notre Tilie, dit Gicéron^ les rois et les magistrats qui leur ont succédé, ont toujours eu un double caractère, et ont gou- Tsroé rfitat ious les auspices de la religion. >
Lès duttmTirs aToient la direction des choses sacrées : les quindécemrirs avolent soin des cérémonies de la religion, gardoient les lÎTres des sibylles ; ce que faisoient auparavant les décemvirs et les daumvitB. Ils consultoient les oracles lorsque le sénat Tavoit ordonné^ et en faisoient le rapport, j ajoutant leur avis; ils étoient «un commis poar exécuter tout ce qui étoit prescrit dans les livres des sibylles , et pour faire célébrer les jeux séculaires : de manière que toutes lescérémonies religieuses passoient parles mains des magistrats.
Les rois de Rome avoient une espèce de sacerdoce. Il y avoit de certsdnès cérémonies qui ne pouvoient être faites que par eux. Lorsque les Tarquins furent chassés , on craignoit que le peuple s'apergût de quelque changement dans la religion ; cela fit établir ud magistrat appelé « rex sacrorum, » qui, dans les sacrifices, faisoit les fonctions d6s anciens rois, et dont la femme étoit appelée « re- < gina sacrorum. » Ce fût le seul vestige de royauté que les Romains conservèrent parmi eux. Les Romains avoient cet avantage, qu'ils avoient pour législateur le plus sage prince dont l'histoire profane ait jamais parlé : ce grand homme ne chercha pendant tout son rèpie qtt*à faire fleurir la justice et Téquité , et il ne fit pas moins sentir sa modération à ses voisins qu*à ses sujets. Il établit les fécialiens, qui étoient des prêtres !^ns le ministère desquels on ne pouvoit faire ni la paix ni la guerre. Nous avons encore des formulaires de sermens faits par ces fécialiens, quand on concluoit la paix avec quelque peuple. Dans celle que Rome conclut avec Àlbe , un fécialien dit, dans Tite Live' : « Si le peuple romain est le premier à s*en départir, — publico consiUo dolove malo , — qu'il prie Jupiter de le frapper comme il va frapper le cochon qu'il tenoit dans ses mains-, » et aussitôt il l'abattit d'un coup de caillou.
Avant de commencer la guerre, on envoyoit un de ces fécialiens fûre ses plaintes au peuple qui avoit porté quelque dommage à la république. Il lui donnoit un certain temps pour se consulter, et ' pour chercher les moyens de rétablir la bonne intelligence. Mais si
4 . « Apud yetereSy qui reram potiebantur, iidem anguria tenebant , ut « testis est nostra elVitas, in qcta et reges, augures, et posiea privati eo- « dem lacerdolio prœdili rempublicam religioDum auctoritate rexerunt. » [De dimatiotUy lib. I.)