‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 94 sur 244 · Zeoxis · texte numérisé non relu

Zeoxis

usage de sa liberté ; de manière que Dieu ne peut voir cette détermination par avance ni dans Faction dé Fâme, ni dans l'action que les objets ont sur elle.

Comment Dieu pourrolt-ii prévoir les choses qui dépendent de Ift détermination dès causée libres? Il he |>o/tïrroit les voir que de deux manières : pair conjecture , ce qui est contradictoire avec la prescience infinie ; dtf bien il les verroit comme des effets nécessaires qui sùitf oient infaillibleineat d*uûe cause qiti les produiroit de même , ce qui est encore plus contradictoire ; car l'âme seroit libre pat la supposition; et, dans le fait, elle ne le éeroit pas plus qu*utie boule de billard n'est libre de fee remuci' lorsqu'eûe est poussée par une autre. * .

Ne crois pas pourtant que je veuille borner là scièlifce de l)ieu. Comme il fait agir les créatures à sa fantaisie, il connoît tout ce qu'il veut connoHré. Mais, quoiqu'il puisse voir tout, il ne se sert pas toujours de Cette faculté; îl laisse ordinairement â la créstttrre la faculté d'agir Ou de ne pas agir, pour lui laisser celle de mériter ou de démériter : c'est poUr lots qu'il reûôûCé àtt droit qu'il a d'agir sur elle , et de la détermiiïet. mis cfuatld il veut savoir quelque chose, il le sait toujours, parce qu'il d'à (Jtt'à vouloir qu'elle arrive comme il ia voit , et déterminer les créatures conformément à sa volonté. C'éSt ainsi qu'il Ute ce qui doit arriver du ûombre des choses purement possibles , en fixant par ses décrets les déterminations futures des esprits , et lèâ privant de la puissance qu'il leur a donnée d'agir ou de ne pas agir.

Si l'on peut se Servir d'une comparaison dânâ Une thoSé qui est au-dessus des comparaisons , un monarque ignore ce que ^ron ambassadeur fera dans une affaire importante : s'il lé veut savoir, il n'a qu'à lui ordonner de se èompdt'tet* d'une telle manière, et il pourra assurer qUe la chose arrivera comme il là projette.

L'Alcoran et les livrés des juifs s'élèvent sans cesse contré le dogme de la prescience absolue : Ùieu y paroît partout ignorer la détermination future des esprits; et îl semble que ce soit la première vérité que Moïse ait enseigtiée aux hommes.

Dieu met Adam dans le paradis terrestre , à condition qii'il te mangera pas d'un certain fruit : précepte absurde datis Un être qui connoîtroit les déterminations futures des âmes; car enfin un tel être peut-il mettre des conditions â ses grâces sans les fendre dérisoires? C'est comme si UU homme qui auroit su la prise de Bagdad avoit dit à un autre î « Je vous donne mille écus Si Bagdad n'est pas pris. » Ne féroit-Il pas là Une bien mauvaise plaisanterie ?

Mon cher Khédi, pourquoi tant de philosophie? Dieu est si haut que nous n'apercevons pas même ses nuages. Nous ne le connoissons bien que dans ses préceptes. Il est immense, spirituel, in-

fini. Otte sa grandeuf nous famèzte à ùottt fbiblessê; S*humilier tdtjjdtif » , d'est Vkdôret toujours.

De V&tii, le àexhitt Ûe U laiiè àé 6habbad, 47/4.

lÉTTÀE ttX. >- 2éLlS A USBEK.

À Par if,

Soliman, que tu aimes, est désespéré d'un affront qu'il vient de recevoir. Un jeune étourdi, nommé Supbis, recherchoit depuis trois mois sa fille en mariage : il paroissoit content de la figure de la fille sur le rapport et la peiiiture que lui en a voient faits les femmes qui Favoient vue dans son enfance ; on étoit convenu de là doi, et totit s'étoit passé sans aucun incident. Hier, après les premières cérémonies , la fille âortit à cheval , accompagnée de son eunuque, et douverte, selon la catitume, depuis là tête jusqu'aux pieds. Mais , dès qu'elle ftK arrivée devait la maison àe son mati pTétendtt, il lui fit fèrmét la porte, et il juta qu'il ne la recevroit jamais si on n*augmentoit la dot. Les paréfnjr accoururent, de côté et d-'autre, pour acebûmidder Tafi^irâ; et, après bien de la résistance , ils firent c^ontenir StiUman de faire un petit présent à son gendre. Enfin, les cérémonies du mariage accomplies , on conduisit la fille dan§ le lit avèe asëez de tiolence ; maïs une heure après cet étourdi Èë leva furieux, lui coupa le visage en plusieurs endroits, soutenant qu'elle n'étoit pas rierge , et la renvoya à son père. Chi ne peut pas être plus frappé qu'il Test de cette injure. Il y a des personnes qui soutiennent que cette fille est innocente. Les pères sont bien malheureux d'être exposés à de tels afi'ronts I Si pareil traitement arrivoit à ma fille , je crois que j'en mourrois de douleur. Adieu.

tm sérail de Fàtméj le 9 de la lune de geramadi I, 4714.

lÈttftÉ LÎXt. — tJSÊEK 1 ZéLlS.

Je plains Soilimaft, d'autanl plus que le mal est sans remède, et que son gendre n'a fait qjie se servir de la liberté de la loi. Je trouve cette Ipi bieu dure d'exposer ainsi l'honneur d'une famille aux caprices d'un fou^ On a beau dire que l'on a des indices certains pour connoUre la vérité ; c'est une vieille erreur dont on est aujourd'hui revenu parmi nous; et nos médecins donnent des raisons invincibles de l'ineertitade de ces preuves. Il n'y a pas jusqu'aux chrétiens qui ne les regardent comme chimériques, quoiqu'elles soient dlairement établies par leurs livres sacrés , et que leur ancien législateur en ait fait dépendre l'innocence ou la condamnation de toutes les filles.

J'apprends avec plaisir le soin que tu te donnes de l'éducation

de la tienne. Dieu veuille que son mari la trouve aussi belle et aussi pure que Fatima; qu'elle ait dix eunuques pour la garder; qu'elle soit Thonneur et Tornement du sérail où eue est destinée : qu'elle n'ait sur sa tête que des lambris dorés, , et ne marche que sur des tapis superbes! Et, pour comble de souhaits, puissent mes yeux la voir dans toute sa gloire 1

A Paris, le 5 de la lune de chalval, 4714.

Lettre LXXII. — Rica a Usbbk.

Je me trouvai Tautre jour dans une compagnie où je vis un homme bien content de lui. Dans un quart d'heure , il décida trois questions de morale, quatre problèmes historiques, et cinq points de physique. Je n'ai jamais vu un décisionnaire si universel; son esprit ne fut jamais suspendu par le moindre doute. On laissa les sciences ; on parla des nouvelles du temps : il décida sur les nouvelles du temps. Je voulus l'attraper, et je dis en moi-même : « Il fout que je me mette dans mon fort ; je vais me réfugier dans mon pays. » Je lui parlai de la Perse; mais à peine lui eus-je dit quatre mots, qu'il me donna deux démentis, fondés sur l'autorité de MM. Tavemier et Chardin. «Ahl bon Dieu! dis-je en moi-même, quel homme est-ce là? Il connoitra tout à Vheure les rues d'Ispahan mieux que moi ! » Mon parti fut bientôt pris : je me tus, je le laissai parler, et il décide encore.

A Paris, le 8 de la lune de zilcadé, 4715.

Lettre LXXIII. — Rica a ***.

J'ai ouï parler d'une espèce de tribunal qu'on appelle l'Académie françoise. Il n'y en a point de moins respecté dans le monde ; car on dit qu'aussitôt qu'il a décidé, le peuple casse ses arrêts, et lui impose des lois qu'il est obligé de suivre.

Il y a quelque temps que, pour fixer son autorité, il donna un code de ses jugemens*. Cet enfant de tant de pères étoit presque vieux quand il naquit ; et, quoiqu'il fût légitime, un bâtard', qui avoit déjà paru , l'avoit presque étouffé dans sa naissance.

Ceux qui le composent n'ont d'autre fonction que de jaser sans cesse ; l'éloge va se placer comme de lui-même dans leur babil étemel ; et sitôt qu'ils sont initiés dans ses mystères , la fureur du panégyrique vient les saisir, et ne les quitte plus.

Ce corps a quarante têtes, toutes remplies de figures, de meta-

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