LETTRE CXI
USBEKA***.
Le règne du feu roi a été si long que là. Ifin en avoit fait oublier le commencement. C'est aujourd'hui la mode de ne s'ocbuper que des événements arrivés dans sa minorité ; et on ne lit plus que les mémoires de ces temps-là.
' Voici le discours qu'un des généraux de la ville de PaFÎs pronottça dans un conseil de guerre ; et j'avoue que je n'y comprends pas grand'chose.
«Messieurs,
« Quoique nos troupes aient été repoussées « avec perte , je crois qu'il nous sera facile de « réparer cet échec. J'ai six couplets de chanson « tout prêts à mettre au jour, qui, je m'assure, tf remettront toutes choses dans l'équilibre. J'ai « fait choix de quelques voix très nettes, qui, sor- « tant de la cavité de certaines poitrines très « fortes , émouvront merveilleusement le peuple. « Ils Sont sur un air qui a fait jusqu'à présent « un effet tout particidier.
« Si cela ne suffît pas , nous ferons paroître « une estampe qui fera voir Mazarin pendu.
<t Par bonheur pour nous , il ne parle pas bien
LETTEES PERSA^NES. 271
« François ; et il l'écorche tellement qij^il n'est pas « possible que ses affaires ne déclinent. Nous ne « manquons pas de faire bien remarquer au peuple or le ton ridicule dont il prononce. Nous relevâmes « il y a quelques jours une faute de grammaire si or grossière qu'on en fit des farces par tous les « carrefours.
« J'espère qu'avant qu'il soit huit jours le peuple « fera du nom de Mazarin un mot générique pour <c exprimer toutes les bétes de somme, et celleB « qui servent à tirer*
<c DepuiÀ notre défaite notre musique l'a si ot furieusement vexé sur le péché originel que , «c pour ne pas voir ses partisans réduits à la moitié, « il a été obligé dé renvc^er tous ses pages.
oc Ranimez-» vous donc, reprenez courage; et « soyez surs que nous lui ferons repasser les monts « à coups dé sifflets* »
De S^aris, le 4 d« la Inntf de ChàblMm, i^xt.
H'J'X LETTRES PERSAITES.